FdF-510a Péril sur la ville (7 septembre 2016)

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PÉRIL SUR LA VILLE OU FORÊTS EN DANGER
Fransylva réagit :
Les Forestiers privés interpellent les pouvoirs publics
(Tribune publiée dans Le Monde du 7 septembre 2016)

L’incendie qui a ravagé presque 3.000 hectares dans les Bouches du Rhône le 10 août 2016 s’est arrêté aux portes de Marseille, semant la terreur parmi les populations de ces quartiers, des villes et des villages traversés, avant d’arriver sur les bords de la Méditerranée.

Depuis 2003 où de grands feux avaient ravagé des milliers d’hectares en région PACA et plus particulièrement dans le Var, tout le monde avait oublié la fragilité de nos régions face à ce fléau. Il était pourtant bien prévisible, réchauffement climatique aidant, que nous ne pouvions éternellement bénéficier des conditions favorables de ces dernières années où nous avons connu des hivers et printemps très pluvieux, avec assez peu de vent.

Ce qui devait arriver arriva donc le 10 août, annoncé quelques jours avant par de multiples départs de feu et par le grand feu de Correns dans le Var (600 hectares).

Certes les services de secours ont fait beaucoup de progrès depuis 10 ans, dans la stratégie d’attaque des feux naissants, dans la politique de veille armée…

Certes les OLD ont été instituées et appliquées… mais de manière inégale suivant les communes.

Force est de constater que dans les circonstances que nous venons de vivre ces dispositifs n’ont pas suffi.

Combattre le feu est une chose que nos pompiers savent désormais faire parfaitement, en revanche, éviter que le feu ne démarre est désormais un objectif qu’il est primordial d’atteindre au plus tôt afin d’éviter des catastrophes plus importantes et plus nombreuses.

La spécificité de ce sinistre est qu’il est né comme tant d’autres feux en forêt péri-urbaine, mais sa particularité est de s’être développé sans contraintes, une chance qu’il n’y ait pas eu plus de victimes, ni de vies humaines perdues !

Est-ce un triste concours de circonstances ou le révélateur d’un choix irraisonné d’aménagement du territoire qui perdure depuis des dizaines d’années.

À quelques rares exceptions près, nous savons que les départs de feux sont toujours d’origine humaine.

Par ailleurs il est important d’analyser le « triangle du feu » pour savoir comment on peut agir et comment on peut anticiper l’émergence, puis la propagation ou le ralentissement des feux.

Le feu n’apparait qu’à la condition qu’il trouve en un endroit donné :

  • un comburant : le vent plus ou moins fort,
  • un combustible : forêt et garrigue, plus ou moins sèche,
  • une étincelle : foudre ou la main de l’homme.

Nous ne maitrisons ni le vent, ni la sécheresse.

Pour le combustible, le forestier public ou privé ne peut que contribuer à la maîtrise de la quantité de biomasse dans les conditions d’une gestion forestière souvent très compliquée.

Pour l’étincelle due à la main de l’homme, un travail considérable est à faire : éducation et information, surveillance, responsabilisation, dissuasion et répression…   

Les réflexions qu’il nous faut mener aujourd’hui doivent être multiples tout comme les solutions à y apporter.

  • Sur la complémentarité entre gestion forestière et DFCI, c’est désormais une évidence pour tous.
    Mais il ne faudrait pas que les outils de défense fassent oublier qu’avant de défendre la forêt il faut d’abord la protéger et lui donner les moyens d’une gestion raisonnée et raisonnable où la faible valeur des bois, la difficile acceptabilité des coupes, les accès aux massifs, le respect des équilibres écosystémiques sont autant de freins qu’il est urgent de desserrer.
  • Sur les différentes règlementations et leur respect (les OLD sont-elles suffisantes ?), la formation, l’information et la répression…
  • Sur l’aménagement du territoire et les documents d’urbanisme pour éviter les catastrophes de demain : il n’existe plus d’interface entre les zones bâties et les espaces naturels.
    Aujourd’hui les PLU de nos départements sont presque tous en révision, c’est le moment d’intervenir sur ce sujet.
    Les PPRIF devraient être prescrits partout où il y a danger. Ce sont de véritables outils d’aménagement du territoire…
  • Sur l’analyse et l’adaptation des zones construites existantes, dans des secteurs particulièrement sensibles, pour anticiper les catastrophes dès aujourd’hui et trouver les mesures qui s’imposent : autoprotection par exemple, réseaux hydrauliques…
    Il existe, dans bien des territoires, des havres de paix ou il fait bon vivre et où il est agréable de prendre l’apéro sous l’arbre de la terrasse, on sait aujourd’hui qu’à la moindre étincelle, ces espaces pourront se transformer en enfer…
    Nous comprenons bien cet agrément recherché par de nombreux citoyens amoureux de la nature, mais il faut convenir que la forêt était bien souvent là avant les constructions.

Pour nous forestiers il est difficile d’entendre dire que les maisons sont en danger à cause de la forêt, alors que c’est la forêt − patrimoine d’intérêt général − qui est en danger à cause des maisons

Le temps presse !!!

Faut-il augmenter l’arsenal de lois et règlements qui sont déjà à la disposition de tous les acteurs publics, ou mieux appliquer celles existantes ?

La toute récente loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 inscrit dans le code civil la réparation du préjudice écologique « toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer ».

Il faut aussi probablement changer des pratiques qui ont certes fait leurs preuves, mais qui aujourd’hui nécessitent une évolution en adéquation avec l’ampleur des sinistres que nous constatons.

On privilégie la lutte sur les départs de feu plutôt que sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter leur naissance.

Or s’il s’avère que si nos services de secours sont efficaces, dès les premières fumées, personne n’est à l’abri d’un retard ou d’un échec, d’autant plus que dans les conditions extrêmes, lorsque les pompiers sont mobilisés sur un feu, ils ne sont plus disponibles pour les autres feux déclarés dans le même temps : le 10 août toutes les casernes du département et des départements voisins étaient vides !

Pour réduire le nombre de départs de feu il faudrait :

  • contraindre à une rigueur extrême les professionnels et la population occupant les espaces naturels,
  • plus d’information, d’éducation et d’accompagnement, plus de répression pour plus de dissuasion…,
  • moins de complaisance de la part des détenteurs du pouvoir de police, augmenter leurs effectifs et leurs moyens (contrôle des accès et travaux en forêts…).

L’interdiction de la fréquentation des massifs n’est jamais sanctionnée. La circulation des engins de loisir motorisés quads/motos vertes a beaucoup de difficultés à être contrôlée, ne pourrait-on réglementer la vente de ces engins ?

La déontologie des soldats du feu est peut-être aussi à revoir comme le préconisent certains interlocuteurs de la mission CGAAER sur le sujet : à la défense des personnes et des biens puis de la forêt, il faut peut-être y substituer un nouvel ordre destiné à privilégier « …la protection du vivant, donc les personnes et les forêts par rapport à l’habitat. » Ce point de vue visant à responsabiliser les propriétaires de constructions qui ont tendance à se reposer uniquement sur les services d’incendies pour sécuriser leurs biens.

Ne faut-il pas repenser à des solutions d’autoprotection qui sont aujourd’hui plus sophistiquées qu’il y a plus de 20 ans (à l’époque, des tentatives avaient été expérimentées sans convaincre les services de secours) ?

Pour conclure, si on nous dit que tout cela est difficile à financer, nous demandons que soit faite une estimation du coût global de l’incendie :

  • au-delà des frais de défense et de lutte : les pompiers, les engins, les avions, les forces de police…
  • au-delà des pertes matérielles qui, pour tout ou partie, sont intégrées dans un système assurantiel, les pertes d’exploitations pour ceux qui travaillent dans ces espaces : forestiers, agriculteurs, tourisme et loisirs…

Il faut aujourd’hui comptabiliser :

  • les préjudices humains (pertes de vies humaines, maladies, traumatismes, arrêts de travail…)
  • les préjudices environnementaux : quel est le coût pour l’environnement de milliers de tonnes de CO2 envoyés dans l’atmosphère pendant ces feux ? Quel est le bilan carbone de l’incendie du 10 août ?

À combien estime-t-on l’interruption pour plusieurs dizaines d’années des services environnementaux de la zone impactée : paysage, tourisme, cadre de vie, flore, faune, eau, air… ?

Face à toutes ces énergies gaspillées, face à cette gigantesque facture que doit payer la société, que représente la mise en œuvre d’un « plan Marshall incendie de forêts » pour préserver et sauver nos espaces naturels ?

C’est aussi une réflexion qui doit se mener à l’échelle de l’aménagement du territoire car il faut se garder d’opposer protection des espaces naturels et développement de nos villes et villages…

Les Forestiers sont prêts à travailler et à apporter leur contribution.

Fransylva lance un appel à l’État, aux Régions, aux départements et métropoles, mais pourquoi pas aussi aux financeurs privés : il existe désormais une « Fondation Fransylva » qui peut recueillir des fonds et les utiliser dans cette optique ….

Nous sommes au mois de septembre, le risque est toujours là dans le sud de notre pays.

Il reste 10 mois d’ici l’été prochain…

Gérard Gautier
Antoine d’Amécourt

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