ChP-2609 Un plan national de protection des forêts

Cette chronique fait partie de la série « Le temps de forêts : par-delà les préjugés » — © 2026 Christian Pinaudeau

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2026 : un été sinistre pour les forêts en France et pour leurs propriétaires et leurs gestionnaires, près de 70 000 ha brûlés, comme en 1989/1990 et en 2003, mais moins qu’en 1976…

Mais la forêt reste invisible : on ne la voit que lorsqu’elle tombe ou qu’elle brûle !

Ainsi, lors de la conférence de presse le 17 août à l’aéroport de Bordeaux/Mérignac, en présence du Premier ministre, monsieur Lecornu, il n’y eut pas un mot pour eux, ni pour elles, premières victimes des feux, de la part des ministres de tutelle ou de leur représentant. Choquant, non !

Et pourtant la ministre de l’agriculture a bien félicité les agriculteurs pour avoir apporté de l’eau. Quant au rôle, aux actions des équipes de la DFCI, des sylviculteurs… partis en fumée comme leurs forêts.

Cet « oubli » n’est-il pas révélateur, en quelque sorte, de la (mé)connaissance du sujet, de l’indifférence qu’il suscite depuis des décennies

Silence, on tourne !

Quid de l’entreprise de débroussaillage qui a enclenché le feu à Saumos, ou bien celle qui a mis le feu avec une disqueuse le long de l’autoroute qui franchit la forêt de Fontainebleau ? Étaient-elles munies des extincteurs règlementaires, comme toutes les entreprises forestières ? Les ouvriers, leurs commanditaires, ont-ils été entendus ? Y a-t-il eu mise en examen ? On ne sait rien. Idem pour le conducteur de la camionnette qui a embrasé la forêt de Biscarrosse dans les Landes. Et les incendiaires à Fontainebleau ou ceux du Var ? On ne sait rien.

Victimes ⇒ coupables

On ne sait rien sur les auteurs des feux, alors qu’une petite musique se fait entendre : les pins sont inflammables, ils brûlent très vite, trop vite, et suivant ce « raisonnement » pernicieux la victime (la forêt) devient coupable …!!! Plus fort encore, le débat hésite entre :  l’arbre briquet – le mauvais, les pins – et l’arbre pompier – le bon, les feuillus – et voilà les soldats de la 25ème heure dépositaires de la solution.

Or les forestiers, premiers témoins du changement climatique, travaillent avec l’INRAE notamment, depuis plus de trente ans sur l’adaptation de nouvelles espèces [1]. Oui mais voilà, il s’agit d’arbres et non pas d’asperges. Il faut au moins vingt années pour avoir un retour d’expérience. Difficulté supplémentaire en matière forestière : le déterminant c’est le sol, et pas seulement le climat.

Par ailleurs, historiquement, la guerre du feu a commencé il y a longtemps. Même si on fait l’impasse sur les années de guerre et si nous retenons les années 1970, les feux de forêt étaient déjà là, 1976 année record avec plus de 88 000 ha, la décennie rouge de 1980 à 1992 etc… Il n’était alors pas possible de faire sérieusement la relation avec le changement climatique. À fortiori si nous procédions à une comparaison historique avec d’autres pays en Europe, Portugal, Espagne, Grèce, Italie ou ailleurs au Canada, en Australie, USA…

Ne pas se tromper d’ennemi

Par contre, la corrélation des départs de feux de forêt avec l’augmentation démographique et donc l’urbanisation (lotissements, mitage etc..), les axes routiers, autoroutiers, ferrés, lignes électriques a été démontrée et documentée en France, notamment dans le massif des Landes de Gascogne depuis le début des années 1980 :  le risque feux de forêt était devenu un risque socialisé. Les pouvoirs publics ont été alertés régulièrement sur l’augmentation exponentielle des risques liée à la pression sociale sur les milieux forestiers. Le feu suit l’homme !

Depuis les années 2000 les autorités ont aussi été alertées sur l’extension des zones à risque et de l’intensité de ces risques sur le territoire métropolitain, avec force cartes à l’appui, à cause des effets du changement climatique sur les forêts, facteur aggravant, avec les sècheresses et autres périodes de canicule qui en découlent …mais, répétons-le, le changement climatique n’est pas la cause des départs de feu ! Il ne faut donc pas se tromper de cause si on veut vraiment traiter la maladie.

Par ailleurs à quelle échelle de temps et territoriale travaillent les scientifiques ? Faudra-t-il attendre que les arbres qui « résisteraient » au feu (et au changement climatique) soient matures, c’est-à-dire 40, 50, 60 ans ? Et pendant ce temps-là, que fait-on, on attend que les forêts brûlent ?

C’est pourquoi, je propose d’engager dès mainteant, suivant le classement des forêts dans le Code forestier, un « Plan National de Protection des Forêts » [2], en priorité dans les zones à risque, fondé sur la mise en défens des forêts contre l’incendie (DFCI) [3], pour réduire les départs de feu et limiter leur propagation, et ce par massif.

Et rendre obligatoire, dans ces mêmes zones, les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD).

[1] Par exemple les programmes FORSEE dès 2005, REIFFORCE en 2012 avec l’IEFC et INRA sur des parcelles expérimentales de L’Irlande au Portugal en passant par l’Écosse testant plusieurs essences dans des stations géo-climatiques différentes.
[2] J’ai adressé des propositions en ce sens aux parlementaires, au sénateur Pascal Martin et au député Didier Lemaire.
[3] Suivant une hiérarchisation des objectifs selon les zones à risque car vouloir tout faire en même temps c’est courir à l’échec.