ChP-2609b Lettre ouverte à madame Léa Salamé

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Le 24 septembre 2026

Madame,

Le 8 novembre 2022, après les feux de forêts de l’été, avec force images et commentaires catastrophistes vous avez lancé sur France 2 un appel aux dons dans le cadre d’une émission « Aux Arbres Citoyens ». Un appel à la générosité des téléspectateurs en faveur de l’association France Nature Environnement (FNE), pour des projets destinés à sauver des forêts de ces menaces… projets, qui à la date de l’émission, n’existaient pas.

⇒ 1ere tromperie.

Près de deux millions d’euros ont été collectés, grâce à vous, à votre voix, avec la caution de France TV.

En mars 2023, trente-neuf projets ont été validés par FNE « pour financer des projets en faveur des arbres (éducation, protection et gestion écologique, plantation en ville, dans les champs et en forêt » (selon la notice de l’appel à projet). Cette présentation qui diffère significativement des images, du ton, du son et des paroles de votre émission.

⇒ 2ème tromperie.

Ces projets ont été sélectionnés suivant quatre axes :

  1. Accompagner la gestion des forêts s’appuyant sur des dynamiques naturelles : six dossiers.
  2. Pérenniser la libre évolution des peuplements forestiers : dix dossiers.
  3. Restaurer ou installer des écosystèmes associés aux milieux forestiers : treize dossiers.
  4. Sensibiliser un large public à la protection des écosystèmes forestiers et arborés : dix dossiers.

Sur ces trente-neuf projets, un seul correspond à la thématique de l’émission [1] : celui qui concerne, après le feu de Gonfaron de l’été 2021 — 7 000 ha ravagés —, la Réserve naturelle nationale de la plaine des Maures, touchée sur près de la moitié de sa superficie et qui préconise une régénération naturelle, ce qui, avouez-le, ne coûte pas bien cher.

Par ailleurs, observons que, parmi les principaux porteurs des projets bénéficiaires, figurent le Conservatoire des Espaces Naturels, le Conservatoire du Littoral, L’ONF, les Réserves Naturelles Nationales, les Parcs, l’Observatoire régional de l’environnement… autant d’établissements publics déjà financés pour ce faire. Les téléspectateurs et donateurs n’en sauront rien. Ils peuvent, certes, consulter le site de FNE. Encore faut-il avoir quelques connaissances pour comprendre.

De même, savent-ils que les forêts françaises sont les plus règlementées de l’UE, que chaque propriétaire est doublement contraint par une obligation de reboisement et une interdiction de défrichement ?

Ce sont eux qui, de génération en génération, gèrent, entretiennent et reboisent à leurs frais les forêts sinistrées par ces feux.

Qui d’autre ?

Ils doivent aussi les protéger des risques induits par l’urbanisation (non raisonnée !), des accidents multiples qui en découlent, et des autres incendiaires.

C’est grâce à eux que la surface des forêts de la France métropolitaine a doublé en 150 ans, passant de huit à près de dix-sept millions d’hectares.

À qui d’autre ?

Mais les téléspectateurs n’en sauront rien. Pas un seul forestier n’a été invité pour en parler.

Et nous revoilà en 2026, le 15 septembre à 21 h, toujours sur France 2. Suite aux grands feux de l’été, vous relancez cette émission sur le même thème : « Sauvons nos Forêts ! », avec la même présentation, même tendance orientée et trompeuse. La bande annonce est sans équivoque : les feux de Fontainebleau, du Var et du Sud-Ouest, chaleur suffocante, sècheresse historique, mégafeux dévastateurs, 120 000 ha partis en fumée… Ou encore, Après des feux ravageurs qui ont touché l’hexagone, nos forêts ont besoin d’aide. Une émission évènement en soutien à ceux qui agissent sur le terrain !

Et de spéculer sur l’émotion et les images de ces incendies pour collecter un maximum de dons, sans honte. Passant de l’éloge des pompiers, avec force témoignages, images à l’appui, à la petite Morgane et son Bobby 2 entre ses parents qui ont perdu leur maison dévastée par le feu du Porge. Les larmes coulent… invitant chacun à donner « pour que ça ne se reproduise pas ! »

Donner à FNE qui « agit près de chez vous… et tout ce qui a été fait depuis quatre ans pour régénérer les forêts… ». Et de le répéter pour convaincre.

Une fois de plus les donateurs devront donner sans connaitre les projets, FNE organisera un nouvel appel d’offres en tordant si besoin « les éléments de langage » tenus pendant l’émission, comme en 2022. Comment FNE pourrait reboiser les parcelles sinistrées et les protéger contre les risques de feux ? Les téléspectateurs et les donateurs ne le sauront pas.

À propos : pas un mot pour les hectares brûlés, ni pour leurs propriétaires, pour leurs pertes qui ne seront pas indemnisées, alors que ce sont eux qui sont obligés de reboiser et de gérer leurs pacelles pendant les quarante prochaines années… en espérant qu’il n’y aura ni une autre tempête, ni un nouvel incendie. La temporalité des forêts est une « activité » d’intérêt général à haut risque, ce que les téléspectateurs ne sauront pas. À l’inverse des constructions qui, elles, seront rebâties dans un ou deux ans. Des maisons privées, comme 75 % des forêts, les autres 25 % appartenant à l’État et aux collectivités territoriales. Là non plus les téléspectateurs n’en sauront rien.

Pire encore, le « coupable innocent » a été démasqué en direct sur France TV : le procès de la monoculture du pin maritime a été dressé par vos invités, images à l’appui, mais aucun avocat de la défense n’a été entendu, ni invité. Beau modèle de débat « pluraliste » sur une chaîne publique.

C’est dommage, car l’histoire du massif des Landes de Gascogne — près d’un million d’hectares — est unique et parmi les plus documentées à cette échelle.

Vous avez évoqué du bout des lèvres la Loi de 1857 de Napoléon III mais sans l’avoir lue. Et les téléspectateurs ne sauront pas que la guerre de Sécession en Amérique a fait plus pour le boisement des Landes que la loi de Napoléon III, dont la finalité était de rendre les terres une fois assainies, par des plantations de pins maritimes, essence autochtone… à l’agriculture !

Vous avez aussi évoqué l’incendie de 1949 et ses 82 morts civils et militaires. Parfait, mais alors… Que s’est-il passé depuis ?… Plus de 70 ans sans feux ? les sylviculteurs seraient ils allés à Lourdes tous les ans ?… Un miracle ?

Pas un mot sur les décisions prises à l’époque, très courageuses, et qui devraient servir d’exemple aujourd’hui. Non Pas un mot ! Le procès du pin maritime… Oui ! Les désastres… Oui ! Une forêt cultivée depuis 150 ans qui a sorti toute une région du sous-développement… Non !

Quant à l’organisation exceptionnelle du système de DFCI du Sud-Ouest et le recours à la plus récente technologie dans ce massif avec des résultats remarquables, plus connus à l’étranger qu’en France, les téléspectateurs n’en sauront rien. Vraiment dommage.

On n’ose à peine vous rappeler que si personne ne met le feu il n’y a pas de feu : on n’a jamais vu les arbres (même les pins maritimes) se mettre le feu spontanément entre eux sous le seul effet du soleil.

Il n’y a pas plus d’arbres briquets qu’il n’y a d’arbres pompiers, n’en déplaise aux « oiseaux » de mauvais augure. Or, les feux que vous avez cités à l’appui de votre émission, ceux de 2022 comme ceux de 2026, sont tous d’origine humaine et vous ne l’avez pas dit. Une seule fois en 2 h 20 mn, vous avez rappelé que 90 % des feux étaient dûs à l’homme (moyenne nationale, car dans le Sud c’est pratiquement 98 %). Les risques de départs de feux de forêt sont directement corrélés à la pression sociétale, à la densité démographique…les téléspectateurs n’en sauront rien.

Mais il est aussi vrai que vous avez un conseiller spécial dans ce domaine, un vrai militant, monsieur Clément Hugo, doté d’une carte de presse !

Que vous souteniez FNE et les actions de ses membres sur le terrain c’est votre choix, et je suis pour la restauration des haies et des ripisylves, mais lors de la prochaine émission, sans pathos alarmiste sur fond de désastre et de feux de forêt, dites clairement ce que vous faites et faites ce que vous dites. Et ne faites pas croire aux téléspectateurs que des associations, ici ou là, quelle que soit la bonne volonté de leurs membres, vont sauver les forêts françaises des risques feux de forêt et autres menaces. Parce que c’est faux.

Considérant votre notoriété, jouer de l’émotion et biaiser l’information sur les forêts françaises à ce point, n’est ni intellectuellement honnête, ni digne de vous.

Ancien forestier, à la retraite, mais encore actif, j’ai souhaité porter à votre connaissance ces quelques observations complémentaires et le faire savoir, au nom de tous les propriétaires des forêts incendiées, victimes « effacées » de votre émission.

Restant à votre disposition si vous le souhaitez,

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes respectueux hommages.

Christian Pinaudeau
Docteur en droit

[1] Je suis ces dossiers et me tiens à votre disposition pour examiner en quoi ils correspondent aux images, aux discours alarmistes tenus par vos invites et vous-même ce 8 novembre 2022 .

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