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Cette section comporte cinq parties :
- Analyse des feux ayant parcouru plus de 10 hectares
- Analyse des très grands feux (plus de 500 hectares)
- Analyse des causes de départs de feux en Corse
- Un focus sur les années récentes
- Réflexions sur d’autres critères d’analyse
La région Corse est composée de deux départements, la Corse-du-Sud (2A) et la Haute-Corse (2B). La forêt couvre 58 % des 872 000 hectares de l’île, ce qui représente un peu plus de 500 000 hectares boisés [1].
Sur la période 1973-2021 (49 années) on a recensé 12 770 incendies (feux de plus de 1 hectare) qui ont parcouru 338 524 hectares de forêts et de maquis, soit en moyenne 26 hectares par feu, 5 incendies et 130 hectares brûlés par semaine : 7 000 hectares sont donc partis en fumée chaque année en moyenne.
On peut donc estimer qu’en un demi-siècle l’équivalent de 2/3 de la forêt corse est parti en fumée.
Feux de plus de 10 hectares
Si on se limite aux « grands feux », ceux ayant parcouru au moins 10 hectares, ils sont au nombre de 2 394 (soit seulement 6 % des 39 897 incendies répertoriés, feux de moins de 1 hectare inclus), mais ils ont brûlé 308 801 hectares, soit 90 % de la superficie totale incendiée.

Corse : nombre de feux de plus de 10 hectares
Jusqu’à l’année 1985, leur nombre moyen annuel variait entre 50 et 100 avec un pic à 198 en 1985. Ce nombre a fortement décru depuis et la tendance est à la décroissance régulière pour varier entre 15 et 25 feux par an depuis 2003.
La surface brûlée par chacun de ces « grands feux » est d’environ 130 hectares en moyenne. Ces feux ont consommé en moyenne 6 300 hectares annuellement.

Corse : surface brûlée par les feux de plus de 10 hectares
On constate néanmoins que la tendance est régulièrement à la baisse, notamment depuis le pic de 2003 (près de 27 000 hectares consumés cette année-là).
On observe cependant des variations importantes d’une année sur l’autre, essentiellement dues à quelques très grands feux.
Très grands feux (plus de 500 hectares)
Il y a eu en Corse 119 très grands feux de plus de 500 hectares (0,3 % du total) sur la période 1973-2021 (dont quatre petits mégafeux de plus de 5 000 hectares), qui ont parcouru 179 990 hectares, soit 53 % de la superficie totale brûlée. La superficie moyenne de chacun de ces « très grands feux » est d’environ 1 500 hectares.

Corse : 119 feux de plus de 500 hectares
Les quatre « petits mégafeux » de plus de 5 000 hectares ont brûlé 21 176 hectares, soit un peu plus de 5 000 hectares en moyenne. Ils sont survenus en 1977, 1983, 1992 et 2003, années qui affichent des pics sur le graphique ci-dessus. Les quatre très grands suivants (entre 4 et 5 000 hectares brûlés) sont survenus en 1982, 1985, 1990 et également en 2003.

Corse : 4 feux de plus de 5 000 hectares
Causes des départs de feux en Corse
Commençons en tenant compte de tous les feux répertoriés pour lesquels une cause a été clairement identifiée (cause 1 à 5).
919 incendies sont concernés pour le département de la Corse-du-Sud et 1 281 pour la Haute-Corse.

Corse : Causes des départs de feux
La cause « malveillance » saute aux yeux mais la représentation graphique avec les pourcentages est encore plus saisissante.

Corse-du-Sud : % des causes des départs de feux

Haute-Corse : % des causes des départs de feux
Dans plus de 97 % des cas les départs de feux sont dus à une cause humaine et moins de 3 % des incendies sont d’origine « naturelle » (essentiellement la foudre). Pire, en Corse, près de six « mises à feu » sur dix sont des actes de malveillance volontaires et donc criminels (conflits de personnes, intérêt pour « débroussailler » et récupérer du terrain ou « simple » pyromanie) [2]. Il est cependant nécessaire de noter que bien que la Corse soit très boisée, une grande proportion de ces feux volontaires a plus concerné du maquis destiné aux troupeaux que des parcelles forestières avec des arbres de haute tige.
Cette situation corse n’est pas nouvelle. Guy Degos, alors ingénieur en chef du GREF, ancien directeur départemental de la Corse, écrivait en 1974 [3] :
« Les incendies de forêts et de maquis provoqués par des facteurs naturels sont rarissimes et les incendies, dans la quasi-totalité des cas, tiennent leur origine de feux allumés soit intentionnellement (imputables pour la plupart du temps aux bergers), soit par malveillance (fréquemment par vengeance ou rancune), soit par négligence et, le plus souvent par inconscience. »
Dans son ouvrage publié en 1869 et intitulé « Des incendies de forêts dans la région des Maures et de l’Estérel (Provence), leurs causes, leur histoire, moyens d’y remédier », Charles de Ribbe écrivait déjà :
« On dénonçait beaucoup autrefois les bergers comme mettant le feu aux bruyères pour renouveler les pâturages. L’Arabe fait de même en Algérie. La Corse n’est pas délivrée de ces procédés sauvages de culture pastorale. »
Focus sur les années récentes
Compte tenu de la diminution sensible des départs de feux depuis 2005, il m’a paru intéressant de me concentrer sur ces dernières années pour voir si les comportements avaient sensiblement évolué depuis la mise en service de Prométhée [4].

Corse : Nombre de feux et surface brûlée de 1973 à 2004

Corse : Nombre de feux et surface brûlée de 2005 à 2021
De 2005 à 2021, on a enregistré 9 056 incendies qui ont parcouru 37 103 hectares sur l’île de beauté, soit 533 feux de 4 hectares en moyenne par an, alors que de 1973 à 2004 on avait recensé 30 841 feux ayant parcouru 305 107 hectares, soit 964 feux de 10 hectares en moyenne par an.
Ces chiffres nous permettent de conclure que le nombre de départs de feux annuels a presque été divisé par deux et que l’ampleur de chacun d’eux a été divisée par un facteur un peu supérieur à deux, ce qui est encourageant [5].
En se limitant aux 4 865 incendies de la période 2005-2021 dont les causes ont été identifiées (et qui ont parcouru 33 361 hectares sur les 37 111), on constate que 337 sont attribués à une cause naturelle (foudre), soit 7 % du total, mais ils n’ont parcouru que 232 hectares, soit seulement 0,7 % des 33 361 hectares.
Si l’on ne tient pas compte des feux qui ont parcouru moins de 4 hectares, ils ne sont plus que 5 à être attribués à la foudre pour une surface parcourue de 195 hectares, sur seulement 447 feux de plus de 4 hectares dont les causes ont été identifiées, soit 1 % et toujours à peu près 0,6 % de la surface parcourue.
Donc, dans 99 % des cas, actuellement, les départs de feux en Corse ont une cause imputable à l’Homme et seulement 1 % une cause naturelle.
Mais ce qui reste constant (et consternant), c’est que sur cette période récente (2005-2021), sur les 447 incendies dont les causes ont été identifiées, 349 (78 %) sont dus à la malveillance qui non seulement perdure, mais dont la proportion augmente. 19 769 hectares sur les 31 726 brûlés (62 %) l’ont été à cause d’actes volontaires !!!
Combattre la malveillance s’impose mais comment y arriver est une autre affaire.
Autres critères d’analyse des départs de feux
Un autre angle de vue pourrait porter sur l’ampleur des feux (surface parcourue avant extinction) en fonction de l’heure de départ (mise à feu en fin de journée quand les moyens aériens ne peuvent plus intervenir, notamment pour les feux imputables à la malveillance), ou encore sur la saison (les feux d’hiver sont souvent des écobuages de débroussaillement mal maîtrisés). Chacun de ces critères est intéressant mais le temps nécessaire pour les analyser est disproportionné avec les recommandations qu’on pourrait espérer en tirer. Néanmoins, je le ferai pour les feux d’hiver/feux d’été dans la section consacrée aux départements de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
[1] Les chiffres pour les 15 départements de la zone Prométhée (surface forestière et surface totale) sont issus de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_d%C3%A9partements_fran%C3%A7ais_class%C3%A9s_par_superficie_foresti%C3%A8re
[2] La proportion est la même en ce qui concerne les surfaces incendiées.
[3] Article intitulé « La Corse (libre opinion sur les feux de forêts et de maquis) », publié dans La Revue Forestière Française (tome 1 consacré aux incendies de forêts, 1976).
[4] Les 550 pages des deux tomes de La Revue Forestière Française (1976) sont une référence toujours d’actualité qui mériterait une réédition : tout y est écrit mais force est de constater que 50 ans après, rien n’a vraiment changé dans notre pays, en dépit des centaines de rapports, de discours et de réunions ministérielles.
[5] C’était assez visible sur les deux graphiques précédents qui affichent la droite tendancielle.