FdF-240 Les feux d’origine naturelle

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Mon objectif, utopique mais au diable l’utopie, étant de supprimer les feux de forêts en France (chacun ses soucis), j’ai estimé qu’il devrait être plus facile de s’attaquer aux causes d’origine humaine avant de chercher à s’attaquer à la cause naturelle principale, c’est-à-dire à la foudre.

Pour terminer cette partie consacrée à l’analyse des incendies de forêts en France, je me suis donc intéressé aux feux attribués à cette cause naturelle (cause 1 : la foudre) sur l’ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la période 1973-2022 [1].

Sur les 40 544 feux répertoriés, y compris les tout petits de moins de 1 hectare (332 092 hectares parcourus), il y en a 17 110 (128 154 hectares parcourus) pour lesquels une cause est référencée.

Les feux dus à la foudre sont au nombre de 1 751, soit environ 10 % qui ont parcouru 10 646 hectares, soit environ 8 %.

Si on se limite aux 2 021 feux ayant parcouru au moins 10 hectares (305 785 des 332 092 hectares parcourus), il y en a 807 pour lesquels la cause a été référencée.

Sur ces 807 incendies (117 772 hectares parcourus), Prométhée en a recensé 80 dus à la foudre, soit encore environ 10 % qui ont parcouru 9 963 hectares (soit encore environ 8 %).

Sur ces 80 feux d’origine naturelle (foudre), on en décompte 8 dans les Alpes-de-Haute-Provence (153 hectares), 7 dans les Hautes-Alpes (214 hectares), 3 dans les Bouches-du-Rhône (282 hectares), 10 dans le Var (1 283 hectares dont 415 en 2008 dans le camp militaire de Canjuers), 2 dans le Vaucluse (1 382 hectares, dont celui de la Bastidonne qui a parcouru 1 142 hectares en 2017)… mais 50 dans le département des Alpes-Maritimes (6 651 hectares) dont 9 pour la seule commune de Lucéram (2 497 hectares) : une « anomalie » statistique qui mérite analyse.

Les feux recensés « dus à la foudre » sur la commune de Lucéram (06)

Les feux recensés « dus à la foudre » sur la commune de Lucéram (06)

J’ai trouvé une statistique des éclairs à Lucéram qui, malheureusement, ne porte que sur les 10 dernières années [2].

Nombre d'éclairs sur la commune de Lucéram (06) de 2011 à 2022

Nombre d’éclairs sur la commune de Lucéram (06) de 2011 à 2022

Une statistique sur l’année ne veut pas dire grand-chose, d’autant plus qu’on peut noter que les feux attribués à la foudre à Lucéram sont concentrés sur les mois d’été et principalement au mois d’août.

Nombre d'éclairs en août sur la commune de Lucéram (06) de 2011 à 2022

Nombre d’éclairs en août sur la commune de Lucéram (06) de 2011 à 2022

Le graphique présentant le nombre d’éclairs à Lucéram au mois d’août, toujours malheureusement depuis 2011 montre de manière surprenante que l’année 2017, la seule qui figure dans Prométhée sur cette période dont la cause est attribuée à la foudre, n’a vraiment pas l’air orageuse, tant s’en faut.

En affinant ma recherche j’ai fini par sortir le graphique du nombre d’éclairs par jour pour l’année 2017. Le 20 septembre a été effectivement un des 4 gros jours d’orages à Lucéram, pas le pire (46 éclairs) mais le second avec 27 coups de foudre.

Nombre d'éclairs par jour sur la commune de Lucéram (06) en 2017

Nombre d’éclairs par jour sur la commune de Lucéram (06) en 2017

Je n’ai pas trouvé le moyen de savoir si le département des Alpes-Maritimes était beaucoup plus sujet aux orages secs que ses voisins (car s’il pleut beaucoup en même temps que les éclairs, la probabilité de mettre le feu à la végétation devrait être beaucoup plus faible).

Dans la mesure où il n’y a dans Prométhée que 9 incendies attribués à la foudre en Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la période 2011-2022, nombre trop petit pour faire la moindre statistique sérieuse, d’autant plus qu’il suffit d’un seul éclair pour mettre le feu, je suis resté sur ma faim.

Ayant passé une bonne partie de la nuit qui a suivi l’écriture des paragraphes précédents à me torturer l’esprit autour de ce cas doublement « étrange » (Alpes-Maritimes d’abord, Lucéram ensuite), je me suis à nouveau concentré sur les données issues de Prométhée.

J’ai alors constaté qu’il y avait eu 6 incendies de forêt attribués à la foudre à Lucéram entre le 1er et le 6 août 2003 (2 petits éteints rapidement le 1er août et 4 entre le 4 et le 6 août, dont un qui a parcouru 1 225 hectares).

Il est possible de localiser précisément leurs points de départ.

Feux sur la commune de Lucéram (06) entre le 1er et le 6 août 2003

Feux sur la commune de Lucéram (06) entre le 1er et le 6 août 2003

Le premier feu (n°6 469) a été détecté à 10 h 46 et a été déclaré éteint à 18 h 30. En fait, c’est grâce à deux hélicoptères bombardiers d’eau arrivés sur les lieux à 11 h 00 qu’il n’a parcouru que 6 000 m² autour du point d’impact de la foudre. Les pompiers au sol, arrivés après l’intervention des moyens aériens ont surtout vérifié que le sinistre était bien terminé pour le déclarer éteint en fin d’après-midi.

Le deuxième feu (n°6 470) situé au col de l’Orme, en bordure de la D2566, et donc plus rapidement accessible par des moyens terrestres, a été détecté par la population lui aussi à 10 h 46. Il a brûlé 7 000 m².

Le 3ème feu (n°6 672) a été signalé par une vigie le 4 août en fin de journée à 20 h 40.

Les premiers pompiers (groupe d’attaque) sont arrivés à 20 h 55. Le feu n’avait alors parcouru que 3 500 m² mais la nuit tombait. En outre, le lendemain, ce sont deux autres incendies proches (n°6 670 et 6 671) qui ont respectivement parcouru 1 225 et 366 hectares qui les ont mobilisés. Ce 3ème feu a été déclaré éteint seulement le 5 août.

Le feu n°6 670 a été signalé par la population le 5 août à 22 h40. Le groupe d’attaque est arrivé sur les lieux à 23 h 45 et a constaté que le feu avait parcouru 3 000 m², mais là encore il faisait nuit. L’incendie a été déclaré éteint lui aussi le 15 août après avoir parcouru 1 225 hectares.

Le feu n°6 671 a été signalé lui aussi par la population 5 minutes plus tard, à 22 h 45. Le groupe d’attaque est arrivé sur les lieux 10 minutes plus tard, à 22 h 55, ce qui pourrait surprendre si l’on ne tient pas compte qu’il est déjà en route vers le feu n°6 670 et que les secours sont mobilisés sur zone depuis le matin pour noyer le feu n°6 672. Ce 5ème feu sera lui aussi déclaré éteint le 15 août.

Enfin, le 6ème feu (n°7 949) est signalé par la population le lendemain 6 août à 23 h 30 en un point diamétralement opposé, au sud-est de Lucéram. Les premiers pompiers arriveront à 23 h 50 et constateront que le feu a brûlé 5 000 m². Il sera déclaré éteint le 24 août après avoir parcouru 417 hectares.

J’avoue qu’à ce stade je suis resté quelque peu perplexe quant à la cause de ces 4 départs de feux aussi proches les uns des autres, à proximité d’une piste et du GR510, tous détectés en fin de journée et même en pleine nuit.

De là à y voir plutôt la main volontaire de l’homme, il n’y a qu’un petit pas que j’hésite à franchir 20 ans après, surtout que l’été caniculaire de 2003 reste et restera longtemps dans nos mémoires, car ce serait mettre en cause le travail des enquêteurs ou d’autres raisons inavouables.

J’ai alors interrogé Prométhée pour connaître tous les incendies de forêts attribués à la foudre dans les Alpes-Maritimes entre le 1er et le 6 août 2003. Il y en a eu 9, dont 6 à Lucéram !

Feux de forêts attribués à la foudre dans les Alpes-Maritimes du 1er au 6 août 2003

Feux de forêts attribués à la foudre dans les Alpes-Maritimes du 1er au 6 août 2003

Les 3 autres (L’Escarène, Sospel et Tende) n’ont pas parcouru grand-chose.

Celui de l’Escarène (n°6 475) s’est déclenché quasiment en pleine ville. Signalé à 22 h 50, les pompiers sont arrivés à 23 h 09, il avait brûlé 8 m² et il a été déclaré éteint à 1 h 23.

Celui de Sospel (N°6 477), signalé le 6 au matin à 7 h 45 a été éteint quasi instantanément par 2 hélicoptères et a été déclaré éteint à midi après avoir brûlé 1 000 m².

Quant au 3ème (n° 6 493), signalé par la population à 10 h 00, il a dû pratiquement s’éteindre de lui-même, les premiers secours qui ont eu à parcourir 25 km étant arrivés une heure plus tard, constatant une surface brûlée de 2 000 m² pour un feu qui, au final, n’a brûlé que 2 500 m².

Localisation des feux attribués à la foudre autour de Lucéram du 1er au 6 août 2003

Localisation des feux attribués à la foudre autour de Lucéram du 1er au 6 août 2003

Autant de raisons pour persister à douter de la cause naturelle attribuée aux 6 incendies de Lucéram.

Pour essayer d’en avoir le cœur un peu plus net, j’ai poussé mes recherches du côté des archives météorologiques de l’année 2003, ce qui n’est pas aisé pour un amateur occasionnel.

J’ai fini par trouver un site qui a enregistré des informations météo jour par jour, lui-aussi depuis 1973, et j’ai obtenu les informations du mois d’août 2003 pour la station de Nice, faute de mieux [3].

Informations météo (station de Nice) du 1er au 6 août 2003

Informations météo (station de Nice) du 1er au 6 août 2003

Manifestement, la 1ère semaine a été chaude (on note même un record de température le mardi 5), sèche et venteuse (y compris avec des vents tournants). En outre, la colonne « temps observé » indique des orages, très probablement secs, à 21 h le mardi 5, rendant crédibles les informations issues de Prométhée, ce qui ne peut que mettre un terme à mes doutes.

 

Et maintenant : un objectif « utopique » à atteindre

Avec les informations auxquelles Internet permet l’accès, un individu passionné comme je le suis pourrait consacrer le reste de sa vie à étudier les incendies des forêts du monde sous tous les angles possibles et produire des pages de statistiques, de graphiques et d’analyses dans tous les sens à n’en plus finir.

Mais une telle tâche n’a aucun intérêt si elle ne conduit pas à des recommandations simples à mettre en œuvre qui interpellent suffisamment les nombreux acteurs concernés à tous niveaux afin qu’ils prennent des décisions cohérentes qui se traduisent en actions.

Combattre les feux de forêts et gagner chaque bataille est une chose, mais on n’aura pas gagné la guerre si l’ennemi n’est pas définitivement détruit.

L’objectif, évidemment utopique, mais seuls les objectifs utopiques méritent d’être visés, est d’éradiquer définitivement tous les départs de feux de végétation.

Au moins ceux d’origine humaine, pour la foudre attendons qu’on soit d’abord capables de maîtriser la météo.

Viser cet objectif est l’affaire de tous. L’atteindre doit être à notre portée !

[1] Attention : les données de la base Prométhée peuvent encore subir quelques ajustements pour 2022 mais sans influence majeure sur les chiffres totaux des 60 années concernées.
[2] https://www.meteo60.fr/foudre-orages-statistiques/ville?ville=06077&date=2017-08-20
[3] https://www.infoclimat.fr/climatologie-mensuelle/07690/aout/2003/nice-cote-d-azur.html

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