FdF-300 La Défense des Forêts Contre l’Incendie

© 2022-2026 Frédéric-Georges Roux — Cette page fait partie de l’ouvrage « Et si nos forêts ne brûlaient plus ? » — Copyright et conditions d’utilisation

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Bénévoles des CCFF 83 au poste de vigie

Bénévoles des CCFF 83 au poste de vigie

Défendre pour ne pas avoir à combattre

Quand on parle feu de forêt on pense tout de suite aux pompiers, dont le courage et le dévouement sont légendaires.

Pour faire simple, dans chaque département les pompiers font partie d’un Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS), établissement public à caractère administratif régi par le Code général des collectivités territoriales (articles L1424-1 et suivants).

Le « feu de forêt » est « l’ennemi » que les « soldats du feu » sont chargés de « combattre » (et d’éliminer) … quand il s’est déclaré.

C’est en temps de paix qu’on gagne la prochaine guerre.

D’abord en évitant qu’elle ne soit déclarée. C’est le rôle de la géopolitique, de la diplomatie, du renseignement, des armes de dissuasion, de l’éducation des populations civiles (culture du risque), bref d’un ministère de la défense et pas d’un ministère de la guerre.

Mais aussi en se préparant au cas où elle ne pourrait être évitée, et donc d’un ministère des armées. Il faut disposer en temps de paix :

  • de troupes formées et entraînées en nombre suffisant, prêtes à intervenir au bon moment et au bon endroit,
  • de l’armement adapté en état de marche et des munitions en quantité suffisante,
  • de la logistique complète pour déplacer, ravitailler, réparer… le matériel et les combattants en opérations,
  • de fortifications bien disposées sur le terrain (c’est le rôle de la DECI et des ouvrages de DFCI),
  • de « réservistes » mobilisables en cas de besoin,
  • de plans stratégiques et tactiques,

et… d’une population préparée à résister car le combat contre les incendies de forêts n’est pas seulement un problème de pompiers, de forestiers, de préfets et d’élus. C’est l’affaire de tous les citoyens à des degrés divers : les résidents, les usagers des espaces naturels, les touristes… mais aussi les urbanistes, les aménageurs, les agriculteurs, les éducateurs, les journalistes…

La Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI) c’est tout ce qu’on fait (ou devrait faire) avant, d’abord pour que le feu ne se déclare pas mais aussi pour faciliter la lutte et la protection des biens et des personnes, pompiers inclus, quand il s’est déclaré.

Par analogie, on pourrait dire que la DFCI est aux SDIS ce que la DGSI [1] et la Police sont à l’Armée.

Il faut cependant noter que la DFCI ne couvre pas les mêmes choses suivant que l’on est dans les collines boisées méditerranéennes ou dans les « champs d’arbres cultivés » du massif des Landes [2].

La lutte contre les incendies de forêts commence bien en amont des départs de feu. C’est une pièce en trois actes dont le « livret » doit être adapté aux caractéristiques locales :

  1. Avant : Prévention
  2. Pendant (le feu s’est déclaré) : Lutte
  3. Après (le feu a été éteint) : Reconstruction

L’objectif à viser devrait être de n’avoir à jouer que le premier acte

La « Guerre du feu » en Provence

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’a pas attendu que la Gironde se réveille en 2022 après 70 années de « routine » pour réagir au retour des flammes de 2016 et 2017.

Près de 15 000 hectares de forêts sont partis en fumée en 2017. Avec le dispositif « Guerre du feu », je veux mettre en place une véritable force de frappe contre les incendies de forêt. Si nous n’anticipons pas, nous allons droit à la catastrophe. C’est la richesse et la beauté de notre région qui sont en jeu et la sécurité de tous !

Renaud Muselier

En janvier 2018, Renaud Muselier, son président, a déclaré la « Guerre du feu » en lançant un dispositif reposant sur 3 axes :

  1. Prévenir le risque incendie
  2. Combattre le feu
  3. Reconstruire

Ce dispositif contient des mesures phares, dont la majorité seront reprises dans les annonces élyséennes de 2022 :

  • Création d’une « Garde régionale forestière » composée de plus de 200 jeunes bénévoles recouvrant l’ensemble du territoire assurant un moyen humain de surveillance et d’information sur la prévention.

Première promotion de la Garde régionale forestière (Paca)

Première promotion de la Garde régionale forestière (Paca)

  • Incitation « virile » des communes à faire appliquer les obligations légales de débroussaillement (OLD).
  • Renforcement des moyens des Comités Communaux des Feux de Forêts (CCFF).
  • Organisation d’actions de sensibilisation des lycéens.
  • Aide aux communes touchées : participation au financement des travaux d’évacuation des bois brûlés et aux plantations nécessaires sur les terrains incendiés.
  • Renforcement des moyens d’investigation des équipes pluridisciplinaires de recherche des causes d’incendie…
  • et une priorité pour la Région : renouveler la flotte de Canadairs.

Dès la première année, la « Guerre du feu » a fait ses preuves en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Les feux de plus de 10 hectares dans le Var en 2017

Les feux de plus de 10 hectares dans le Var en 2017

En 2017, le Var avait connu 138 départs de feux dont sept de plus de 10 hectares pour une surface de 4 144 hectares.

Hasard, chance ou miracle, en 2018, il n’y a eu qu’un seul incendie de plus de 10 hectares qui a osé en parcourir 11 !!!

2018 : un unique feu de plus de 10 hectares dans le Var

2018 : un unique feu de plus de 10 hectares dans le Var

Il est vrai que 2018 a « bénéficié » d’une fin de printemps humide et d’un été sans grand vent moins ensoleillé que d’habitude.

Pendant les cinq ans qui ont suivi le lancement du dispositif « guerre du feu », qui a été renouvelé chaque année (2018-2022), il y a eu 345 départs de feux, soit deux fois moins par an qu’en 2016-2017.

Les 345 feux dans le Var de 2018 à 2022

Les 345 feux dans le Var de 2018 à 2022

Sur ces 345 feux, ils n’ont été que 14 à parcourir plus de 10 hectares.

Les 14 feux de plus de 10 hectares dans le Var de 2018 à 2022

Les 14 feux de plus de 10 hectares dans le Var de 2018 à 2022

Si la surface brûlée par ces 14 incendies a été de 9 904 hectares en 5 ans c’est d’abord parce qu’il y en a eu un, celui de Gonfaron, qui en a parcouru 6 832 à lui tout seul en août 2021 (jet d’objet incandescent, un mégot mal éteint sur l’aire des Sigues de l’autoroute A57) et que le deuxième, celui d’Aiguines (juin 2022) en a parcouru 2 500. Les 12 autres n’ont parcouru que 572 en tout.

[1] Relevant du ministère de l’Intérieur, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) est, depuis 2014, le seul service de renseignement intérieur français, chargé sur l’ensemble du territoire de rechercher, centraliser et exploiter le renseignement intéressant la sécurité nationale ou les intérêts fondamentaux de la nation.
[2] Je traiterai ces différences dans la quatrième partie de cet ouvrage.☰ Sommaire ⏮ Ch. préc. ← Sc. préc. → Sc. suiv. ⏭ Ch. suiv.