FdF-228 Le feu de Gonfaron du 16 août 2021

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Les fiches Prométhée commencent à être détaillées en y introduisant plus systématiquement les causes à partir de l’année 2000.

Pour le Var, depuis 2000, il y a eu 10 feux ayant parcouru plus de 1 000 hectares, y compris celui d’Aiguines du 18 juin 2022.

Feux ayant parcouru plus de 1 000 hectares (2000-2022) dans le Varavec causes connues

Feux ayant parcouru plus de 1 000 hectares (2000-2022) dans le Var
avec causes connues

Le plus important (en surface parcourue) est celui de Gonfaron, parti de l’aire des Sigues sur l’autoroute A57, dont la fumée a été détectée par une vigie le 16 août 2021 à 17 h 43.

Les tout premiers secours, prédisposés à 6 km, sont arrivés à moins de 100 m du feu naissant, qui n’avait alors parcouru que 3 000 m². Les secours proprement dits sont arrivés 13 minutes après l’alerte. Le feu avait déjà parcouru 3 à 4 hectares, puis 10 hectares à 18 h 20, 37 minutes après le signalement.

L’incendie a été considéré comme complètement éteint le 24 août à 21 h 49 après avoir parcouru 6 832 hectares, dont 5 428 hectares de forêt, et fait 2 morts.

Pour les pompiers, ce sinistre est exceptionnel, notamment par sa vitesse de propagation souvent supérieure à 4 km/h, y compris lors de la descente vers Cogolin après avoir franchi la crête des Maures, et des sautes de feu de plus de 800 m.

Les conditions météorologiques au moment du départ de l’incendie sont normales pour la saison (on est en fin d’après-midi à la mi-août, mais, en revanche, les nuits restent relativement chaudes et le vent assez fort, n’a pas baissé) :

  • Température : 34 °C
  • Hygrométrie : 19 %
  • Vitesse moyenne du vent de NO (Mistral) : 44 km/h

Le point de départ du feu est important.

Outre le fait que le feu est parti d’une aire d’autoroute, son point de départ est situé dans la Plaine des Maures qui est classée « Réserve Naturelle Nationale » (RNN) depuis 2009 et, de ce fait, soumise à un plan de gestion protecteur extrêmement strict dont les contraintes sur les opérations de débroussaillement et de gestion forestière ont été considérées par les « hommes de terrain [1] » susceptibles de compliquer la lutte en cas de départ de feu !

Vue aérienne de la Plaine des Maures

Vue aérienne de la Plaine des Maures

À de nombreuses reprises nous avons expliqué, historique à l’appui, que si un petit feu prenait son départ dans la plaine un jour de grand mistral (vent dominant venant du Nord-Ouest), en fin d’une journée d’été chaud et sec (trop tard pour que les moyens aériens puissent intervenir longtemps au début du sinistre) et qu’il n’était pas arrêté au plus vite, et surtout avant qu’il n’arrive au pied du massif des Maures, il devenait vite un grand feu.

1962, 1979, 1981, 1989, 1999, 2003 (4 feux), 2010, 2021… le feu passe et repasse toujours au même endroit : il part de la plaine et si on ne l’arrête pas au pied des Maures, il gravit l’ubac, saute la crête et peut descendre jusqu’à la mer.

Périmètres parcourus par les feux partis de la Plaine des Maures de 1962 à 2021

Périmètres parcourus par les feux partis de la Plaine des Maures de 1962 à 2021 

Le feu de 2021 n’est pas exceptionnel dans cette plaine. J’ai personnellement connu son arrière-grand-père en 1979, son grand-père en 1990 et son père en 2003.

Je ne sais pas si je verrai son fils, car la question n’est pas de croire que 2021 marque la fin de la dynastie, elle est de savoir quand il naitra car, dans les Maures, les grands feux se reproduisent régulièrement et suivent exactement les traces de leurs parents.

Le feu de 2003, parti de Vidauban, a franchi la crète des Maures à l’est de La Garde-Freinet, puis a traversé Le Plan-de-la-Tour et s’est arrêté à la mer à Sainte-Maxime. Celui de 2021 a presque fait pareil, mais plus à l’ouest, et les pompiers ont pu l’arrêter sur la N98 à Cogolin.

Carte de la Plaine des Maures et du piémont permettant de situer la D75

Carte de la Plaine des Maures et du piémont permettant de situer la D75

La D75, qui va du village des Mayons à l’ouest jusqu’à la D558 (Le Cannet-des-Maures à La Garde-Freinet) à l’est, est la limite sud qu’un feu ne doit pas franchir. De l’autre côté c’est la forêt dense des Maures qui monte jusqu’à la crète avec le vent dans le dos sans possibilité pour les pompiers de lui faire front.

J’ai souvenir d’une réunion du bureau directeur de la RNN, il y a une dizaine d’années, où nous avions rappelé, cartes à l’appui, que la probabilité pour qu’un feu non maîtrisé avant la D75 traverse le massif, en franchissant la crête (le feu se propage très vite en montant quand il a le vent dans le dos) et redescende jusqu’à la route 98 de Bormes-les-Mimosas à Cogolin, était extrêmement forte, et que l’histoire avait montré qu’il lui arrivait aussi d’aller jusqu’à la mer en parcourant des zones habitées, notamment l’été, par des milliers de vacanciers.

    Tortues d'Hermann calcinéesJ’avais alors osé dire « un jour ou l’autre il faudra choisir entre protéger les humains et leurs biens ou protéger les tortues » en ajoutant, avec un ton provocateur qui m’est habituel, que « j’étais disposé à publier les meilleures recettes provençales pour accommoder la tortue grillée. »

Il est impératif qu’un feu démarrant dans la plaine (c’est-à-dire dans la Réserve) puisse être contenu avant d’arriver à cette route qui est une ligne de combat pour les pompiers, mais que le feu parvient à sauter aisément s’il n’est pas maîtrisé avant.

Il faut être conscient que la densité de biomasse dans la plaine et donc dans la réserve au nord de cette route est propice à des sautes de feu et que les pompiers risquent d’être débordés.

Les mesures préventives sont pourtant simples. C’est le b.a.ba. de la DFCI : gestion de la végétation (notamment le débroussaillement et l’exploitation forestière), pistes spécialisées (largeur, croisement, retournement, glacis…), sans oublier les citernes remplies… pour permettre aux secours d’intervenir efficacement en toute sécurité.

Ajoutons les OLD (Obligations Légales de Débroussaillement) autour des constructions et de leurs voies d’accès privées dans cette plaine très anthropisée (80 % des 6 000 hectares sont privés) et où les nombreuses exploitations viticoles représentent quelques coupe-feux plus efficaces que des pare-feux de quelques dizaines de mètres de large qui sont plutôt une fausse bonne idée

À titre d’exemple, un forestier, adhérent de Fransylva 83, propriétaire de 600 hectares de forêt aux Mayons, situés dans la Réserve (RNN), disposant d’un plan simple de gestion (PSG) agréé par le Centre régional de la propriété forestière (CRPF), n’a jamais pu trouver un exploitant forestier acceptant d’effectuer les coupes prévues et légalement autorisées, contribuant à la diminution de la biomasse combustible et à la création de pistes débroussaillées utilisables par les pompiers, tant les contraintes imposées par le plan de gestion de la Réserve rendaient non rentable la moindre opération.

Nous avions conclu, avec le CRPF, que ces contraintes faisaient désormais renoncer à gérer économiquement et durablement les forêts situées dans la Réserve.

La carte ci-dessous qui montre la partie centrale de la surface parcourue par le feu de Gonfaron (2021) est éloquente.

Carte du parcours du feu de Gonfaron d'août 2021

Carte du parcours du feu de Gonfaron d’août 2021

La piste DFCI d’appui sous la crète, parfaitement entretenue et débroussaillée, n’a pas brûlé. Le feu dont la vitesse en montant depuis la plaine (entre 4 et 8 km/h) a été exceptionnelle, l’a malheureusement sautée sans que les pompiers n’aient pu le contenir et a continué son parcours en descendant, là encore, à une vitesse exceptionnelle.

Le « Camp de la Suyère », propriété d’un de mes amis, adhérent de Fransylva 83, qui avait suivi mes recommandations il y a quelques années et bien réalisé les OLD prescrites, a été épargné. Le feu l’a contourné alors qu’il y était confiné !!!

En revanche, on a dénombré 2 morts, au hameau « Val de Gilly », non débroussaillé.

[1] Les agriculteurs, les propriétaires et techniciens forestiers, les chasseurs, les pompiers, les CCFF, les agents de la Communauté de Communes Centre Var en charge du Pidaf et de nombreux élus. Il faut rappeler qu’en 2009 lors de la décision ministérielle de créer cette réserve, le Conseil Général du Var, la Chambre d’Agriculture du Var, le Syndicat des propriétaires forestiers du Var et de nombreux élus locaux, s’y étaient opposés, préférant alors la création d’un Parc Naturel Régional couvrant l’ensemble du massif des Maures. Ayant fait partie du bureau directeur de la RNN dès sa création, je peux personnellement témoigner de nos positions sur ce plan de gestion.☰ Sommaire ⏮ Ch. préc. ← Sc. préc. → Sc. suiv. ⏭ Ch. suiv.