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Il n’est pas de mon propos de débattre sur la politique énergétique dont la cohérence mérite à mes yeux une réflexion technique, écologique et économique dépassionnée, mais il est certain qu’une « ferme photovoltaïque » capable de produire une grande quantité d’électricité [1] nécessite une grande surface au sol [2].
Les agriculteurs, qui souffrent du manque de terres cultivables, étant opposés à sacrifier celles qui leur restent, il faut bien se rabattre sur les espaces « naturels » qui sont la plupart du temps boisés.
Indépendamment de l’aspect paysager et du défrichement nécessaire, l’installation d’un parc photovoltaïque au cœur d’un espace boisé entraîne une aggravation du risque feu de forêt en termes d’aléa et d’enjeux, et peut modifier la défensabilité [3] des enjeux environnants.
Des préconisations particulières doivent être mises en place pour limiter la propagation d’un incendie de l’installation vers la forêt et vice versa, mais également pour permettre l’intervention des sapeurs-pompiers.
À titre d’exemple voici ce que la DFCI Aquitaine préconise :
- Les accès DFCI principaux doivent être préservés et non inclus dans les zones clôturées. Les accès DFCI secondaires doivent également être préservés sinon ils doivent être compensés. Des voies de circulation internes doivent être prévues, notamment une voie en périphérie interne.
- La clôture d’enceinte de l’installation doit être positionnée à 30 mètres minimum des peuplements forestiers.
- Une bande circulable de 5 m de large doit être prévue à l’extérieur de l’enceinte avec un caractère circulable par tout temps (fossé d’assainissement si nécessaire).
- Une bande de terre de 5 m sans végétation, entre la clôture d’enceinte et la bande circulable doit être mise en œuvre.

L’impact du parc photovoltaïque ci-dessous (16 hectares de panneaux) sur la forêt a été de 26 hectares (en comptant la bande extérieure qui a été correctement débroussaillée).

On est en droit de se poser la question de savoir s’il est raisonnable de « déforester à jamais [4] » une telle surface dont la justification morale « énergie renouvelable » est surtout dopée par l’effet d’aubaine sur le budget d’une commune forestière prête à sacrifier son patrimoine naturel en même temps qu’elle classe en EBC les parcelles boisées privées de ses administrés.
[1] Rappelons, si besoin était, qu’une telle installation ne produit son énergie que de façon intermittente et que, comme cette énergie n’est pas vraiment stockable, il faut la consommer quand elle est produite, ce qui oblige à « freiner », voire arrêter, une fraction équivalente des installations permanentes qui sont, elles, heureusement « pilotables ».
[2] Sans commune mesure avec les surfaces des toits privés et publics susceptibles d’accueillir quelques m² de panneaux.
[3] Historiquement, la défensabilité est un terme d’eaux et forêts signifiant : état d’un bois pouvant se défendre de la dent ou du pied des bestiaux, ou dont les taillis sont assez âgés pour que les droits usagers puissent y être exercés sans dommage. En attendant, les bois sont « mis en défens ».
[4] Celui qui oserait prétendre que l’état forestier sera reconstitué au terme du « contrat », 15 à 20 ans, est un menteur. À défaut, quand le mot « état naturel » est invoqué au lieu d’« état forestier », ce n’est plus à proprement parler un mensonge mais une escroquerie intellectuelle. Quel sera l’état de cette « Nature » et au bout de combien de temps, après le démantèlement promis des infrastructures et la dépollution des lieux ?