FdF-510e Lettre du 19 août 2021 au préfet du Var

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Lettre au préfet du Var
(19 août 2021), deux jours après le départ du feu de Gonfaron

L’alerte a été donnée le 16 août à 17h43. A 19h19, France Info publiait : « Plus de 1 000 hectares ont été parcourus, mais il est encore trop tôt pour évaluer la surface réellement brûlée. »

À 20h10, BFM titrait : « Près de 2.800 hectares ont brûlé, plus de 600 sapeurs-pompiers mobilisés. »

Le 18, à 10h01, Cnews titrait : « Le dernier point de situation de la préfecture, mardi en début de soirée, faisait état d’environ 7.000 hectares de végétation décimés, selon les pompiers qui ne peuvent encore estimer exactement la surface brûlée »

Il a fallu attendre le 24 août 21h49 pour que les pompiers déclarent la fin de l’intervention sur cet incendie d’exception après qu’il eut parcouru 6.832 hectares du massif des Maures et de la réserve nationale naturelle de la Plaine des Maures.

Dès le 19 j’ai écrit au préfet du Var une lettre (avec copie nominative à une trentaine d’élus et de représentants des principaux partenaires de Fransylva PACA), dont j’ai extrait ce qui suit :

On sait depuis des dizaines d’années (1990, 2003 et avant) que quand un feu part de la plaine en été sec et avec du mistral, si on ne l’arrête pas tout de suite avant le pied des Maures, il a toutes les chances d’aller à la mer.

[…] Président de Fransylva 83, le syndicat des propriétaires et sylviculteurs du Var, j’ai été membre du Bureau Directeur de la Réserve Naturelle Nationale des Maures, depuis sa création.

[…] Les « anciens » du terrain (viticulteurs, forestiers, chasseurs, pompiers, CCFF, responsables de Pidaf, certains élus…) n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire comprendre aux nouveaux gestionnaires de cette plaine remarquable que nous avions su préserver, qu’elle était aussi un point de danger considérable qui imposait d’accepter des mesures vigoureuses.

À de nombreuses reprises nous avons expliqué, historique à l’appui, que si un petit feu prenait son départ dans la plaine un jour de grand mistral (vent dominant venant du Nord-Ouest), en fin d’une journée d’été chaud et sec (trop tard pour que les moyens aériens puissent intervenir longtemps au début du sinistre) et qu’il n’était pas arrêté au plus vite, et surtout avant qu’il n’arrive au pied du massif des Maures, il devenait vite un grand feu.

La D75 est la limite sud qu’un feu ne devrait pas dépasser. Mais, il faut être conscient que la densité de biomasse au nord de cette route est propice à des sautes de feu et que les pompiers risquent d’être débordés.

Il est donc impératif que tout feu démarrant dans la plaine (c’est-à-dire dans la Réserve) puisse être contenu avant d’atteindre cette route.

Les mesures préventives sont évidentes et connues : c’est le b.a.ba de la DFCI : gestion de la végétation (notamment le débroussaillement et l’exploitation forestière), réseau de pistes spécialisées (largeur, croisement, retournement, glacis… sans oublier les citernes remplies) pour permettre aux secours d’intervenir efficacement en toute sécurité.

Ajoutons bien sûr les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) autour des constructions et de leurs voies d’accès privées dans cette plaine très anthropisée (80 % des 6.000 hectares sont privés) et où les nombreuses exploitations viticoles représentent quelques coupe-feux plus efficaces que les pares-feux qui sont plutôt une fausse bonne idée (mais là n’est pas mon propos).

Oui mais voilà, les choses ont empiré […] :

    • Interdictions de débroussailler mécaniquement, imposant ainsi des surcoûts qui, compte tenu des budgets affectables annuellement à la DFCI, limitent de manière drastique les surfaces pouvant en bénéficier et qui, de surcroit, multiplient les charges d’exécution au-delà des capacités humaines et matérielles disponibles. Le résultat est que d’une part il y a moins de pistes DFCI sécurisés pour permettre aux pompiers de bloquer les incendies avant qu’ils n’atteignent la D75 et que, d’autre part la réduction de la biomasse combustible est insuffisante.
    • Contraintes excessives en contradiction avec le Code Forestier et surtout le SRGS (Schéma Régional de Gestion Sylvicole) qui recommande par exemple de créer des layons réguliers dans les résineux ou de faire des coupes blanc-étoc dans les taillis de feuillus, qui ont conduit les propriétaires forestiers à abandonner toute action de sylviculture dont même la faible rentabilité a disparu.
      J’ai l’exemple d’un propriétaire de 600 hectares boisés dans la réserve, disposant d’un PSG agréé depuis 10 ans par le CRPF, 100 % conforme aux prescriptions légales et réglementaires, dont les coupes prévues sont restées lettres mortes, faute d’accord de la conservatrice, alors que la filière crie au manque de bois et que le Plan Régional de la Forêt et du Bois vise à en doubler la récolte.
    • Contraintes inapplicables pour la levée de liège, en contradiction avec les exigences spécifiques du standard de gestion durable PEFC ST 1003-3, alors que nous sommes en train de relancer une filière qui peut retrouver son équilibre économique, mais qui va souffrir du récent incendie qui a détruit une grande partie de la ressource exploitable.
    • Mauvaise foi des « scientifiques » et assimilés dans les quelques réunions relatives à la protection de la tortue d’Hermann (protection qu’il est n’est pas question que nous contestions à condition qu’elle reste équilibrée et ne serve pas uniquement à justifier des subventions et maintenir des emplois éternels) qui n’apportent aucune preuve statistique incontestable des chiffres qu’ils produisent pour imposer des « couleurs » à des zones tracées d’une manière plus arbitraire que scientifique…
      J’ai souvenir d’une réunion du bureau directeur de la RNN, il y a une petite dizaine d’années, où nous avions rappelé, cartes à l’appui, que la probabilité pour qu’un feu non maitrisé avant la D75 traverse le massif, en franchissant la crête (le feu se propage très vite en montant quand il a le vent dans le dos) et redescende jusqu’à la route 98 de Bormes-les-Mimosas à Cogolin était extrêmement forte, mais que l’histoire avait montré qu’il lui arrivait aussi d’aller jusqu’à la mer en parcourant des zones habitées, notamment l’été par des milliers de vacanciers.

J’avais alors osé dire « un jour ou l’autre il faudra choisir entre protéger les humains et leurs biens ou protéger les tortues » en ajoutant avec un ton provocateur qui m’est habituel, que « j’étais disposé à publier les meilleures recettes provençales pour accommoder la tortue grillée. » 

Loin de moi l’idée de revenir sur la création de la Réserve et des objectifs qui y ont conduit, même si, de mémoire, je rappelle qu’à l’époque, en 2009, non seulement la Chambre d’Agriculture, le Syndicat des Propriétaires Forestiers, la Fédération des chasseurs, mais aussi le Conseil Général, y étaient opposés.

Frédéric-Georges Roux

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