FdF-140 Les feux de forêts en Europe

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Commençons par la fin, c’est-à-dire par l’année 2022 qui est dans tous les esprits, au moment où je termine ce livre, car elle a été assez exceptionnelle, du moins dans la mémoire éphémère de nos concitoyens français.

Mais 2022 est-elle une « année record » ?

En fait, et nous le verrons plus en détail dans la partie qui suit consacrée aux feux de forêts en France, et bien que l’année 2022 ne soit pas terminée à la date où j’écris cette page, il est certain que la France a connu une année exceptionnelle, mais pas un record, avec plus de 65 000 hectares brûlés depuis le 1er janvier.

La base de données Effis des feux de forêts en Europe qui collecte les informations depuis 2006 permet de dresser le palmarès des pays au regard des surfaces incendiées sur la période 2006-2022.

Le Top 5 donne le Portugal en tête, suivi de l’Espagne, de l’Italie, de la Grèce, reléguant la France au cinquième rang.

Top 5 des pays dEurope (2006-2022)

Top 5 des pays dEurope (2006-2022)

Ces pays sont tous dits « méditerranéens » bien que le Portugal soit uniquement bordé par l’Atlantique sans la moindre côte sur la mer méditerranée.

L'Europe méditerranénne

L’Europe méditerranénne

Avec 300 000 hectares brûlés en 2022, c’est l’Espagne qui a le plus souffert, 50 % de plus que son récent record de 2012 (190 000 hectares), mais loin de celui de 1993 (438 000 hectares).

Le Portugal arrive en second avec 104 000 hectares incendiés, très loin de son record de 2017 (564 000 hectares), de celui de 2003 (417 000), de 1995 (169 000), de 2000 (160 000), de 1998 (158 000) ou de celui de 2013 (153 000).

La France arrive en troisième position avec un peu plus que son score de 2003 (61 000 hectares) mais en deçà du triste record de 1976 qui a vu 80 000 hectares de forêts partir en fumée.

L’Italie est quatrième (57 000 hectares) très en deçà de ses records de 2007 (153 000 hectares), de 2021 (150 000), de 2017 (140 000) et de nombreuses autres années. 2022 a même été une des années les moins sinistrées.

Quant à la Grèce, avec 22 000 hectares partis en fumée, c’est une année « calme », loin du record de 2007 (271 000 hectares) ou celui de 2021 (130 000).

Une année, fût-elle exceptionnelle, n’est pas suffisante pour conclure que la tendance est à l’accroissement du nombre de départs de feux ni de leur ampleur.

En Europe, les pays méditerranéens sont historiquement sujets à d’importants feux de forêts dévastant régulièrement des dizaines de milliers d’hectares.

La France, dont la forêt couvre pourtant plus de 30 % de la surface du pays, est moins sujette à de grands feux, comme en témoigne le tableau ci-contre qui, il est vrai, ne couvre qu’une période particulière de dix années (dont, cependant, l’année 2003 qui fut particulièrement dramatique dans le Var).

La base de données Effis des feux européens, nous permet de constater les différences qui ne s’expliquent ni par le climat, ni par la gestion forestière, ni par la surface boisée, ni même par les essences.

Il y a forcément derrière ces chiffres des raisons structurelles (culture du brûlage mal dirigé, comportement des citoyens, prise de conscience du risque incendie, organisation et coordination des secours…).

Le graphique en 3D ci-dessous présente les chiffres des surfaces brûlées année par année pour les pays européens, principalement méditerranéens, les plus victimes d’incendies de forêts, avec la France en premier plan et l’Allemagne, qui est quasiment totalement épargnée[1], en arrière-plan.

Il met bien en évidence que les pays du Sud ne sont pas tous brûlés à la même enseigne.

On a vu, par exemple au Portugal, à de nombreuses reprises dans la décennie 2010, les routes embouteillées par des gens qui fuyaient dans tous les sens, sans coordination mais aussi sans stratégie entre les pompiers, la sécurité civile et les forces de l’ordre, empêchant les secours de se rendre là où ils auraient été indispensables, ce qui a conduit à déplorer des dizaines de victimes.

Mais il n’y a pas que le Portugal qui souffre de « récidive » sans tirer les leçons des retours d’expérience.

En 2018, la Grèce a connu à Máti un incendie dramatique qui a causé la mort de 92 personnes, 180 blessés et plus de 25 disparus, qui met lui aussi en lumière les défaillances de coordination opérationnelle.

Et pourtant, les courbes[2] ci-dessus ne permettent pas d’identifier 2018 comme une année dramatique en Grèce.

Mais que s’est-il passé à Máti ?

Máti est une station balnéaire de la côte orientale de l’Attique, à une trentaine de kilomètres d’Athènes, appartenant au dème de Marathon.

Le 23 juillet 2018, vers 18 heures, un feu de forêt se rapproche du lotissement en bordure de mer.

Certains ont accusé l’urbanisation anarchique (et illégale) du littoral. Toujours est-il que toutes les voies du lotissement (dont la régularité n’est pas si anarchique que ça) sont en cul de sac et qu’il n’existe qu’une sortie unique sur la route nationale.

Le petit massif forestier situé à l’ouest est en flammes et le feu a sauté vers l’est de l’autre côté de la route, se propageant autour des maisons dont, pour ne rien arranger, les terrains n’étaient pas débroussaillés.

Mais les secours avaient décidé de fermer la route pour mieux travailler, laissant tous les fuyards et autres résidents en proie aux flammes et aux fumées asphyxiantes mortelles, bloqués les uns derrière les autres, parfois dans les deux sens, dans leurs véhicules sur la voie intérieure nord-sud.

Panique, absence de débroussaillement, manque de coordination des services de secours (pompiers et gendarmes) qui ont « piégé » les résidents dans une nasse mortelle sans échappatoire ?

Sans coordination les résidents sautent dans leurs voitures en espérant s’éloigner au plus vite de leur maison ou fuient dans la mer où des dizaines de petits bateaux vont en recueillir près de 700.

Il a été découvert, dans un seul terrain construit illégalement sur le domaine public, les corps de 26 personnes blottis ensemble, se serrant dans leurs bras en groupe de 4 ou 5, piégées à quelques mètres de la mer.

Les autorités grecques ont privilégié la piste criminelle car de nombreux incendies, bien qu’accentués par la sécheresse, sont d’origine humaine à des fins de spéculation immobilière.

Pour éviter que de tels événements se reproduisent, le gouvernement grec a annoncé le 1er août 2018 la destruction prochaine de 3.185 bâtiments construits illégalement dans les forêts et le long des côtes de l’Attique.

En outre, la crise économique et les politiques d’austérité qui ont suivi ont amoindri les capacités de la Grèce à faire face à des situations de crise environnementale. Depuis 2012, le budget alloué à la sécurité civile avait été amputé de 25 %, les effectifs des pompiers diminués et leur budget réduit. Dans les zones touchées par les feux, certaines bornes d’incendie étaient hors service, faute d’entretien.

En France, notamment dans le Sud-Est, nos concitoyens ont commencé à comprendre et à admettre qu’il vaut mieux se confiner dans leur maison (à condition que le débroussaillement obligatoire ait été réalisé conformément aux arrêtés départementaux) et attendre d’être invités à évacuer dans l’ordre.

[1] L’Allemagne a une superficie totale de 1,33 millions de kilomètres carrés, soit 133 millions d’hectares dont 11,5 millions de forêts (8,6 %). La moyenne annuelle des surfaces forestières incendiées en Allemagne sur la période 2006-2022 est de 417 hectares (0,0036 % de la forêt) !!! En comparaison, la France, dont la superficie totale est de 55 millions d’hectares a 17 millions d’hectares boisés (31 %) dont en moyenne, sur la même période, 2022 inclus, moins de 10.000 hectares partent en fumée (0,057 % de sa surface de forêts).

[2] En omettant le Portugal, ce graphique permet de mieux distinguer les profils des quatre autres pays méditerranéens (France, Espagne, Italie et Grèce).

 

 

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