FdF-213 Les causes des départs de feux

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Quelle que soit la surface parcourue par un feu de forêt avant d’être maîtrisé, ils ont tous une caractéristique commune : chaque incendie a commencé par un « tout petit feu », appelé « feu naissant », avant de se développer et de se propager jusqu’à ce qu’il soit complètement éteint, soit en quelques minutes par celui qui l’a malencontreusement allumé [1], soit par des équipes locales de patrouilleurs souvent bénévoles disposant de moyens légers [2] capables d’intervenir dans les premières minutes ou plus généralement par les pompiers ou « soldats du feu » des SDIS départementaux, appuyés de plus en plus par des moyens aériens.

Note de lecture : Cette première phrase est volontairement longue. Elle devrait inciter le lecteur à la relire plusieurs fois pour bien comprendre que c’est à celui qui a allumé le premier centimètre carré de l’éteindre avec sa semelle, parce qu’après, si les CCFF qui sont en patrouille n’arrivent pas très vite, il faudra attendre les pompiers de tous les départements et des Canadairs pour éteindre un mégot.

Si l’on veut tenter de réduire le nombre d’incendies de forêts, à défaut de rêver de les supprimer totalement, il convient de connaître les causes de leurs départs et s’y attaquer en priorité.

Il en restera alors moins à combattre, à limiter leur propagation et à éteindre quand ils auront été détectés.

Prométhée recense les causes de chaque incendie, ventilées suivant la grille ci-dessous, grâce aux enquêtes menées par des équipes spécialisées pluridisciplinaires (un gendarme, un pompier, un forestier) [3] :

  • Cause naturelle (principalement la foudre).
  • Cause accidentelle (lignes électriques, chemin de fer, véhicules, dépôt d’ordures…),
  • Malveillance ou mise à feu volontaire (conflit, intérêt, pyromanie…),
  • Mise à feu involontaire par des professionnels (travaux forestiers, agricoles, industriels, publics, reprise d’incendie…),
  • Mise à feu involontaire par des particuliers (travaux, loisirs, jets d’objets incandescents dont les mégots…).

On constate que plus de 93 % des incendies qui ont parcouru plus de 10 hectares sont dus à des causes humaines et surtout que près de la moitié de la surface brûlée à cause de l’Homme est due à la malveillance !!!

% de départs de feux de plus de 10 hectares par cause (Prométhée)

% de départs de feux de plus de 10 hectares par cause (Prométhée)

% des surfaces parcourues par cause (feux de plus de 10 hectares) (Prométhée)

% des surfaces parcourues par cause (feux de plus de 10 hectares) (Prométhée)

C’est encore pire en ce qui concerne les très grands feux (500 à 5 000 hectares) et les mégafeux (plus de 5 000 hectares) où la malveillance domine largement.

% de départs de très grands feux (plus de 500 hectares par cause)

% de départs de très grands feux (plus de 500 hectares par cause)

% des surfaces parcourues par cause (très grands feux de plus de 500 hectares)

% des surfaces parcourues par cause (très grands feux de plus de 500 hectares)

Les tableaux synthétiques ci-dessous présentent le nombre de feux de plus de 1 hectare et la surface parcourue, ventilés par cause quand elle est connue, pour chacun des 15 départements de la zone Prométhée sur la période 1973-2021 (le second les présente en pourcentages du total).

Nombre de feux de plus de 1 hectare et surface parcourue par cause et département

Nombre de feux de plus de 1 hectare et surface parcourue par cause et département

% des feux de plus de 1 hectare et surface parcourue par cause et département

% des feux de plus de 1 hectare et surface parcourue par cause et département

La ligne « Ardèche » (122 feux dus à la foudre sur les 1 720 feux du département ou sur les 708 feux dus à la foudre pour l’ensemble des 15 départements) interpelle. Pour ce qui concerne les surfaces brûlées, le seul feu de Lafarre du 10 août 2003, attribué à la foudre, a parcouru 1 346 des 3 055 hectares, et celui de Mayres du 21 juin 1976 en a parcouru 500, soit 60 % à eux deux sur les 122.

Mais d’autres « anomalies » posent question quand on s’intéresse à la fréquence (tableaux exprimés en pourcentages).

La foudre est identifiée comme responsable de 16,9 % des incendies dans les Hautes-Alpes, alors qu’elle ne l’est que de 1,8 % en Haute-Corse ou de 2,8 % dans les Bouches-du-Rhône. Elle est responsable de 37,5 % des surfaces brûlées dans les Alpes-Maritimes et seulement de 0,4 % en Haute-Corse, 1,2 % dans les Bouches-du-Rhône ou 2,2 % dans le Var et les Alpes-de-Haute-Provence !!!

Quant à la malveillance, les pourcentages s’étalent de 4,9 % dans les Hautes-Alpes à 63,7 % en Haute-Corse.

Il faudra certainement examiner en détail les raisons de tels écarts.

Les incendies dus à la malveillance font plus de dégâts

Ils représentent 28 % des 13 935 feux dont la cause a été identifiée et 43 % de la surface parcourue.

Leur nombre passe à 36 % et la surface à 44 % pour les 2 692 feux de plus de 10 hectares.

Nombre des feux de plus de 10 hectares et surface parcourue par cause et région

Nombre des feux de plus de 10 hectares et surface parcourue par cause et région

Il est de 42 % pour le nombre et de 46 % pour la surface parcourue pour les 444 feux de plus de 100 hectares !!!

Nombre des feux de plus de 100 hectares et surface parcourue par cause et région

Nombre des feux de plus de 100 hectares et surface parcourue par cause et région

On monte à 47 % et 49 % pour ceux de plus de 500 hectares.

Nombre des feux de plus de 500 hectares et surface parcourue par cause et région

Nombre des feux de plus de 500 hectares et surface parcourue par cause et région

Enfin, les départs de feu dus à la malveillance représentent 48 % du nombre des départs et 50 % de la surface parcourue pour les 48 très grands feux qui ont parcouru plus de 1 000 hectares.

Nombre des feux de plus de 1 000 hectares et surface parcourue par cause et région

Nombre des feux de plus de 1 000 hectares et surface parcourue par cause et région

Manifestement, les pyromanes sont efficaces.

[1] De tels feux ne sont pas répertoriés dans Prométhée.
[2] En particulier les bénévoles des Comités Communaux de Feux de Forêts (CCFF) qui sont, par exemple, plus de 5 000 dans le Var et qui patrouillent pendant la période d’été avec des 4×4 équipés d’une petite citerne de 600 litres et de quelques dizaines de mètres de tuyaux de 25 mm de diamètre.
[3] Cette procédure est devenue presque systématique depuis 1998.

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