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Comme toujours après une grande catastrophe « naturelle », vient le temps des réunions avec les élus locaux, les préfets, les chefs des services déconcentrés de l’État, un quatuor d’ingénieurs généraux à la veille de prendre leur retraite, un tandem de députés, une triplette de sénateurs missionnés pour pondre un énième rapport parlementaire, un ou deux ministres qu’on promène en hélicoptère au-dessus des décombres, réunions auxquelles sont parfois conviés des représentants d’ONG, de la société civile, des chambres consulaires et, s’il reste de la place un ou deux représentants des victimes ignorées, les propriétaires forestiers.
Chacun y va de son discours, les hommes de terrain ressassant que c’était prévisible et qu’ils l’avaient répété depuis des lustres mais qu’on ne les avait pas écoutés, les élus se plaignant des coupes dans leurs dotations promises, les acteurs locaux du manque de moyens, des réductions budgétaires, de la vétusté des équipements, les parisiens découvrant une fois de plus les horreurs de la guerre… les journalistes, experts en « marronniers de l’été », n’ayant plus qu’à faire des copier-coller de leurs piges des années passées agrémentés de photos d’apocalypse [1].
Un peu plus tard, vient le temps des annonces ministérielles intitulées : « plus jamais ça ! » et des promesses de budgets impressionnants dont le déploiement s’effectuera sur assez d’années pour leur garantir qu’ils ne seront plus aux manettes au moment du bilan.

C’est ainsi que le 28 octobre 2022, Emmanuel Macron a réuni à l’Élysée plus de 300 pompiers, maires, pilotes d’hélicoptères, bénévoles et acteurs de la société civile et seulement deux ou trois représentants des propriétaires forestiers privés dont Antoine d’Amécourt, président de Fransylva, comme il l’avait promis quand il s’était rendu en Gironde, théâtre des grands feux de l’été. « Pour beaucoup d’entre vous, cet été fut une saison en enfer […] l’enfer des flammes, de la fatigue, de la désolation », a-t-il affirmé en rappelant que durant cette période, 72 000 hectares avaient été incendiés, « soit six fois plus que la moyenne des dix dernières années[2] », et ce presque dans un département sur deux.
Ce jour-là, les annonces ont fusé : des sous et des moyens :
- 150 millions d’euros à destination des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) en 2023, afin de renforcer la lutte avec de nouveaux moyens humains et matériels,
- 250 millions d’euros pour une « commande inédite » : « Nous allons investir massivement pour que d’ici la fin du quinquennat les 12 Canadair déjà en service soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à 16 », tandis que deux hélicoptères lourds seront prochainement acquis.
Une nouvelle stratégie :
- une carte nationale à la maille la plus fine pour recenser les zones particulièrement vulnérables,
- l‘Office national des forêts (ONF) aura un « rôle de vigie ».
Des arbres par millions :
- la promesse de « planter un milliard d’arbres sur le territoire français d’ici dix ans, ce qui veut dire renouveler 10 % de notre forêt », pour compenser les incendies mais aussi pour fixer le carbone et préserver la biodiversité.
Bravo !
Cette réunion et ces annonces ont été saluées par les applaudissements de ceux à qui le président a promis des moyens et des sous et par les critiques de ceux qui y ont surtout vu de la communication.
Le secrétaire national du premier syndicat de l’ONF a réagi : « un milliard d’arbres en dix ans, c’est inatteignable. C’est infaisable humainement et techniquement parce qu’il faut des bras pour planter, préparer le terrain, entretenir, et parce qu’il faut d’abord trouver les graines, élever les jeunes plants et les replanter. » Il a ajouté : « Planter pour planter, c’est un leitmotiv commercial, ce n’est pas un plan de gestion de la forêt. Les plantations massives financées par le plan de relance, 50 millions d’arbres sur 2020-2022 pour un budget de 200 millions d’euros ont été faites dans la précipitation avec des choix d’essences contestables.»
Quant à Canopée, une ONG très remontée contre certains modes d’exploitation des forêts, un de ses représentants a dit : « Planter des arbres ne fait pas une politique forestière » en regrettant « une gestion forestière qui privilégie les coupes rases et les nouvelles plantations au détriment des écosystèmes » et en appelant le gouvernement à « mettre fin au démantèlement de l’ONF » qui a perdu 32 % de ses effectifs en 20 ans.
[1] Quelques photos standard pour percuter les lecteurs : un Canadair à ras des cimes qui rougeoient dans la fumée, des pompiers en danger avec un tuyau sur l’épaule sur fond de pins qui crament, quelques centaines de touristes en maillot de bain, réfugiés sur une plage, fascinés par le spectacle d’une colline qui assure l’éclairage nocturne.
[2] Il est incontestable que 2022 a été une année exceptionnelle comparée aux 10 années précédentes (2012-2021). Les surfaces brûlées en France en 2017, la pire de ces 10 années, n’ont été que de 23 093 hectares, 3 fois moins qu’en 2022. N’oublions pas que la base de données Bdiff n’enregistre les feux de forêts en France que depuis 2006, date postérieure aux années où des surfaces du même ordre, voire supérieures, avaient hélas brûlé.