FdF-522 Le feu de Pontevès/Correns/Montfort-sur-Argens (Var)

© 2022-2026 Frédéric-Georges Roux — Cette page fait partie de l’ouvrage « Et si nos forêts ne brûlaient plus ? » — Copyright et conditions d’utilisation

☰ Sommaire ⏮ Ch. préc. ← Sc. préc. → Sc. suiv. ⏭ Ch. suiv.

Bien que parti le 21 juillet vers midi d’un champ situé sur le chemin des Juges dans la commune de Pontevès, ce grand feu du Var de l’été 2026, qui a fait la Une des médias pendant deux semaines, restera dans la mémoire comme le feu du Gros Bessillon, de Montfort-sur-Argens ou de Correns où il a fait le plus de dégâts.

Parti d'un champ de Pontevès, le feu attaque le Gros Bessillon

Parti d’un champ de Pontevès, le feu attaque le Gros Bessillon

Un feu similaire — même cause due à un tracteur agricole — était parti presque du même endroit, mais sur la commune contiguë de Fox-Amphoux, le 7 octobre 2011. Il avait commencé à parcourir le même massif forestier dans la même direction, mais les conditions météorologiques étaient tout autres et il n’a, ce jour-là, parcouru que 6 hectares.

Le 21 juillet, journée classée « risque extrême », le SDIS 83 avait prépositionné des moyens et préparé différents scénarios de propagation. La détection fut très rapide grâce notamment au réseau de caméras de levée de doute du département et à la tour de vigie du Gros Bessillon. Les pompiers n’étaient pas loin, mais l’incendie a échappé rapidement à l’attaque initiale.

À 14 h 30, il avait parcouru une trentaine d’hectares, mais en début de soirée on était déjà autour de 700 ha, 1 700 vers 22 h : « Le feu descend du Gros Bessillon à très grande vitesse » ¾ il a donc déjà franchi la crête ¾, alors même que le vent a diminué.

Le Gros Bessillon, plus qu'une colline, un massif très escarpé 

Le Gros Bessillon, plus qu’une colline, un massif très escarpé 

Plus de 600 pompiers sont engagés au cours de cette première journée, avec Canadair, Dash et hélicoptères bombardiers d’eau.

Au matin du 22 juillet, environ 2 550 ha ont été parcourus. Le feu menace Pontevès, Cotignac, Correns, Montfort-sur-Argens et d’autres secteurs.

Carte du « terrain de jeu » offert aux flammes

Carte du « terrain de jeu » offert aux flammes

Cependant, le feu perd alors de son intensité grâce à la baisse de température et du vent. Il est alors déclaré contenu dans son enveloppe, mais pas fixé. On entre alors dans une phase de traitement des points chauds et des lisières. Jusqu’à 1 200 pompiers et 350 engins sont mobilisés. La bataille semble alors gagnée, mais elle ne l’est pas.

Dans la nuit du 23 au 24, une reprise à Sainte-Catherine, à Pontevès, a parcouru environ 1,5 ha et d’autres points chauds persistent, puis la situation se dégrade franchement, en dépit du millier de pompiers qui travaillent toujours sur les lisières.

De nouveaux départs apparaissent au sud-ouest de Correns, dans le vallon de la Puade, le chantier se fragmente géographiquement. Le 25 juillet, la surface parcourue atteint environ 4 500 ha.

Ce premier incendie est finalement fixé le 28 juillet, avec une enveloppe d’environ 4 750 ha. On entre alors dans la phase finale : surveillance, noyage des points chauds, sécurisation des bordures.

Mais le 31 juillet, tout repart avec le retour du mistral. En moins de deux jours, environ 1 250 ha supplémentaires sont parcourus. Le colonel Éric Grohin, directeur du SDIS 83, considère alors qu’il ne combat plus le même incendie qui avait été déclaré fixé, mais un nouveau sinistre.

Les changements de vent et les feux secondaires ont rendu la lutte particulièrement complexe, obligeant les secours à combattre trois grands feux simultanément, partant dans des directions différentes, le tout dans un territoire fortement habité.

Les départementales du « verrou mobile »

Les départementales du « verrou mobile »

Pour contenir la reprise, les secours mettent en place un « double verrou » s’appuyant très probablement sur les RD22, RD45, RD554 et RD562 pour empêcher le feu de menacer Le Val et Carcès. Le dispositif combine l’utilisation des routes comme lignes d’appui, l’ouverture de pistes, des feux tactiques destinés à supprimer le combustible et des barrières de retardant. Les rares sautes de feu au-delà du dispositif sont immédiatement traitées.

Pendant la nuit, malgré des rafales atteignant environ 50 km/h, le feu franchit deux fois le dispositif, mais les deux sautes sont immédiatement éteintes. Le « double verrou » tient.

Le feu sera déclaré fixé le 7 août à 19 h après 18 jours de lutte et avoir parcouru 6 300 hectares dont 5 700 effectivement brûlés.

Il faudra attendre le 11 août pour qu’il soit déclaré maîtrisé, puis le 18 pour qu’il soit officiellement éteint après un mois de combat avec plus de 11 000 sapeurs-pompiers français et européens engagés cumulativement et environ 3 800 largages aériens.

6 000 personnes ont dû être évacuées et 70 maisons, dont 41 détruites, ont été touchées mais il n’y a eu aucune victime humaine.

☰ Sommaire ⏮ Ch. préc. ← Sc. préc. → Sc. suiv. ⏭ Ch. suiv.