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Avant de proposer des recommandations visant à résoudre au maximum le problème des feux de forêts, même si certaines viennent intuitivement à l’esprit d’un propriétaire forestier varois qui a vécu les 4 derniers grands incendies qui ont ravagé le massif des Maures (1979, 1989-1990, 2003 et 2021), il convient, outre l’étude d’une imposante littérature sur le sujet [1], d’effectuer un travail sérieux d’analyse des incendies passés.
Il faut pour cela disposer de données suffisamment nombreuses, détaillées et fiables, couvrant surtout au moins plusieurs dizaines d’années, afin de tirer des conclusions statistiques en fonction (liste ni exhaustive ni ordonnée) du lieu de leur apparition, de la taille du massif, de leur cause quand l’enquête l’a déterminée, de leur fréquence, de leur ampleur, des conditions climatiques (température, vent, saison, sécheresse…), de la nature du combustible ligneux, des moyens de détection et de lutte…
Force est de constater que nous ne disposons pas d’une telle base de données, ni à l’échelle mondiale, ni à l’échelle européenne, ni même encore à l’échelle du seul territoire français [2]. S’il est clair qu’il y a toujours eu des feux de forêts dans le Monde, ce n’est que très récemment que les informations souhaitables ont été collectées de manière régulière sans, pour autant, que ces données soient facilement disponibles sur le net, ni comparables d’un pays à l’autre.
En France, la base de données Prométhée [3] fait figure de précurseur. Elle recense, depuis 1973, tous les incendies de forêts, même les plus petits (moins d’un hectare parcouru avant d’être éteint), dans les 15 départements méditerranéens de la zone de « défense Sud » [4] du Sud-Est.
Le ministère de l’Agriculture s’en est inspiré pour créer la base de données Bdiff (Base de Données des Incendies et Feux de Forêts) qui recense depuis seulement 2006 tous les incendies de la France entière.
Au niveau européen, le système Effis (European Forest Fires Information System) offre, depuis 1998, un certain nombre d’applications statistiques spécifiques mais il est loin, dans sa version actuelle, de permettre les analyses détaillées, feu par feu, nécessaires aux objectifs du présent ouvrage.
Pour ce qui est du reste du Monde, mis à part les États-Unis d’Amérique (et encore !), les données statistiques m’ont manqué et j’ai dû me contenter de recourir à des articles certes intéressants mais loin d’avoir l’exhaustivité indispensable pour pouvoir prétendre à un travail d’analyse suffisamment scientifique.
C’est la raison pour laquelle, après avoir étudié brièvement quelques historiques disponibles concernant les feux dans les principaux continents et ceux du massif des Landes de Gascogne, je me suis concentré sur les données de Prométhée et la zone de défense Sud.
D’aucuns ne manqueront pas de critiquer ce choix limité.
C’est d’ailleurs ce que m’a récemment fait l’un de mes camarades, membre d’un des groupes d’échanges entre anciens élèves de l’École Polytechnique auxquels je participe régulièrement, critiquant mes conclusions sur l’absence de corrélation entre le nombre de départs de feux et le réchauffement climatique :
« Cher Frédéric, […] tes observations sur une petite région (PACA) à l’échelle du Globe, sur une brève période (depuis 1973) ne sauraient contredire les tendances relevées au niveau mondial sur longue période. »
Je lui ai répondu :
« […] mon choix dépend des données disponibles. Je n’ai pas trouvé, y compris dans les rapports du GIEC, d’étude scientifique permettant d’affirmer qu’il y a la moindre corrélation entre les départs de feux [5] de forêts et les évolutions des paramètres climatiques.
La seule corrélation est que ces départs sont dus à plus de 95 % à des humains (principalement malveillance, puis imprudence). Il est également possible que la démographie galopante conduise demain à plus de mises à feu d’origine anthropique…
[…] Les échanges que j’ai pu avoir avec des experts californiens du sujet (dont certains sont venus étudier pendant quelques mois à Valabre [6], Bouches-du-Rhône, comment on s’y prenait dans la zone de défense méditerranée) m’ont montré qu’ils nous considéraient (y compris les pompiers de Brignoles et les marins-pompiers de Marseille) comme des exemples dignes d’être étudiés. Il est aussi vrai que les conditions climatiques en Californie sont très voisines des climats méditerranéens comme en témoignent quelques-unes des synthèses que j’ai trouvées sur le net. »
Il est certain, et j’ai bien conscience de ce défaut, que cette situation crée un fort déséquilibre entre les zones étudiées au profit de la zone méditerranéenne. Mais, d’un autre côté, l’analyse montre une énorme hétérogénéité des conditions d’un pays à l’autre, et même, pour ce qui concerne la France, d’une région à l’autre, voire d’un département à l’autre.
J’ai également le sentiment que l’expérience du sud-est de la France, et principalement du Var, en matière de DFCI (prévention, surveillance et lutte) a montré une efficacité qui peut servir d’exemple à ceux qui n’ont pas encore subi ce type d’évènements que les évolutions du climat pourraient bien leur faire connaître dans un avenir plus ou moins proche.
Même si la base de données Prométhée ne concerne qu’une « petite » région, elle a le mérite d’exister, d’être accessible à tout public, d’être fiable et d’être suffisamment exhaustive sur une période d’environ un demi-siècle et les constats qu’elle permet de faire sont suffisants pour justifier les quelques suggestions et recommandations qui suivront visant à réduire si possible de manière significative les départs de feux dans les régions françaises où elles seraient retenues.
Alors, pourquoi s’en priver ?
[1] Cf. la bibliographie figurant en annexe.
[2] La BDIFF a succédé seulement récemment à Prométhée qui ne couvrait que le grand SUD méditerranéen.
[3] https://www.promethee.com/, site qui sera présenté dans le chapitre consacré aux feux de forêts en France.
[4] Les six départements de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (seulement depuis 1976 pour le département des Alpes-de-Haute-Provence), cinq départements de l’ancienne région Languedoc-Roussillon (Aude, Gard, Hérault, Lozère et Pyrénées Orientales), les deux départements de la Corse (Corse-du-Sud et Haute-Corse) et deux départements méditerranéens de l’ancienne région Rhône-Alpes (Ardèche et celui de la Drôme seulement depuis 1986).
[5] Je dis bien « départs de feux » et non leur progression qui dépend de très nombreux facteurs, dont les conditions climatiques, même non exceptionnelles, mais aussi et surtout les comportements humains et les moyens et stratégies de prévention, de détection et de lutte.
[6] C’est à Valabre que se trouve l’association « Entente pour la Forêt Méditerranéenne », établissement public institutionnel créé en 1963, qui rassemble les collectivités régionales et les SDIS du sud de la France afin de mutualiser les compétences et les moyens en matière de prévention et de lutte contre l’incendie en région méditerranéenne.![]()