FdF-120 Les incendies de forêts au Canada

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Au cours des 25 dernières années, environ 7.300 incendies de forêts se sont produits chaque année au Canada et la superficie totale brûlée annuellement est en moyenne d’environ 2,5 millions d’hectares, ce qui représente 0,25 % de la surface totale (9.984.670 kilomètres carrés, soit environ 1 milliard d’hectares).

La forêt canadienne couvrant 310 millions d’hectares [1], c’est donc 0,8 % de sa superficie forestière qui brûle en moyenne chaque année.

À titre de comparaison, c’est 0,9 % aux États-Unis (2,8 millions d’hectares brûlés chaque année sur 303 millions d’hectares boisés), 1 % au Portugal, 0,3 % en Grèce, 0,2 % en Italie, 0,15 % en Espagne…

Quant à la France, l’un des pays du monde occidental le plus efficace sur ce sujet, c’est seulement 0,06 % (10.000 hectares en moyenne par an depuis 2006 sur 15 millions d’hectares boisés) [2].

Ne pas mélanger « petits feux » et « méga-feux »

La majorité (97 %) de ces feux canadiens sont, à l’échelle d’un pays dont le couvert forestier représente 9 % de la surface forestière mondiale [3], ce qu’il serait convenu d’appeler des « petits feux » qui ne dépassent pas 200 hectares, mais les 3 % restant sont des « méga-feux » qui touchent à eux-seuls 97 % de la superficie totale brûlée au pays.

La raison évidente est que, plus encore qu’aux États-Unis, les grandes régions forestières sont quasiment inhabitées, ce qui conduit souvent à des feux gigantesques, faute de pouvoir être combattus assez rapidement par les quelques forestiers et trappeurs qui y résident et qui ne sont pas toujours étrangers à l’origine des départs de feux.

La carte ci-dessous, issue de la base de données nationale sur les incendies au Canada (CNFDB) [4] montre sans équivoque que, sur les 40 dernières années, la totalité des régions forestières canadiennes ont été touchées par des incendies de forêts [5].

Le graphique ci-dessous affiche sur les 40 dernières années le nombre de feux et la surface totale brûlée au Canada en millions d’hectares.

Si le nombre de feux est en légère diminution, on peut voir, en faisant abstraction des années assez exceptionnelles (1980, 1981, 1989, 1994, 1995 et 1998) [6], que les superficies brûlées ont tendance à légèrement augmenter.

En termes de surface brûlée, le record revient à l’incendie qui, en 2014 a balayé 3,4 millions d’hectares dans le Nord-Ouest, sans faire cependant de victimes. En 1950, l’incendie de Chinchaga (Colombie Britannique et Alberta) a balayé 1,7 millions d’hectares.

Si on remonte dans le temps, les 3 feux les plus meurtriers de l’histoire canadienne ont été respectivement :

  • Le feu de Matheson (Ontario), causé par des mises à feu intentionnelles d’agriculteurs, a ravagé Iroquois Falls et Black River-Matheson le 29 juillet 1916, faisant 223 morts,
  • Le feu de Miramichi (nord du New Brunswick) en octobre 1825 a détruit le tiers des maisons résidentielles et tué entre 160 et 300 personnes,
  • Le feu de Porcupine a ravagé 200.000 hectares de forêts au nord de l’Ontario en 1911, faisant entre 73 et 200 morts [7].

Ces indicateurs sont une chose mais ce qui me semble également important serait de pouvoir connaître précisément les causes des départs de feux, ce qui supposerait de disposer non seulement d’une base de données répertoriant chaque feu mais aussi de résultats d’enquêtes systématiques dont la complexité est évidente.

Un autre site canadien [8] nous dit que globalement 45 % des départs de feux sont dus à la foudre et que ces feux d’origine naturelle ont consommé 81 % des surfaces brûlées. Un troisième site [9] reprend ces chiffres en ajoutant que « les experts estiment qu’en raison du réchauffement climatique les coups de foudre peuvent augmenter jusqu’à 44 % » et en précisant une évidence pour les incendies dus aux cigarettes et aux négligences : « ils se produisent souvent près des zones résidentielles où ils ont plus de chances d’être rapidement remarqués, signalés et éteints. »

Cependant, un article très intéressant du site Treehugger intitulé « L’origine des incendies de forêt et leurs causes [10] » de Steve Nix, publié en juillet 2018, module ces chiffres. Il est sous-titré « La plupart des feux de forêt sont déclenchés accidentellement par les humains. »

On peut y lire dans le corps de l’article :

« Les feux de forêt d’origine naturelle sont généralement déclenchés par la foudre sèche où peu ou pas de pluie accompagne une perturbation météorologique orageuse. La foudre frappe la terre au hasard en moyenne 100 fois par seconde ou 3 milliards de fois par an.

[…]  La plupart des coups de foudre se produisent dans le sud-est et le sud-ouest de l’Amérique du Nord. Parce qu’ils se produisent souvent dans des endroits isolés avec un accès limité, les feux de foudre brûlent plus d’acres que les départs causés par l’homme.

[…] Pourtant, l’activité des incendies humains est la principale cause des incendies de forêt, avec près de dix fois le taux de départ des départs naturels. La plupart de ces incendies d’origine humaine sont accidentels, généralement causés par la négligence ou l’inattention des campeurs, des randonneurs ou d’autres personnes voyageant à travers des terres sauvages ou par des débris et des brûleurs d’ordures. Certains sont intentionnellement allumés par des incendiaires.

[…] Certains incendies d’origine humaine sont déclenchés pour réduire l’accumulation de combustible lourd et utilisés comme outil de gestion forestière. C’est ce qu’on appelle un brûlage contrôlé ou dirigé et utilisé pour réduire le combustible des feux de forêt, améliorer l’habitat faunique et déblayer les débris. »

Ce commentaire sur les causes, tout en regrettant qu’il ne s’appuie pas sur des statistiques aussi précises que celles dont j’ai disposé pour le chapitre concernant les feux de forêts en France (bases de données Prométhée et Bdiff), confirme le constat général :

Les départs de feux d’origine naturelle (foudre) sont minoritaires (moins de 10 % sauf peut-être dans les régions boisées peu habitées fortement soumises fréquemment à des conditions météorologiques d’orages secs),

La grande majorité de ces départs (au moins 90 %) est d’origine humaine, souvent accidentelle (négligence, inconscience…), mais aussi volontaire (malveillance ou écobuage parfois mal maitrisés).

Premières conclusions

On peut déjà conclure que le nombre de départs de feux (donc le nombre d’incendies de forêts) est principalement dû à l’Homme et que le réchauffement climatique n’y est statistiquement pour rien.

En revanche, bien sûr, les conditions climatiques (sécheresse, température, vent…), la situation topographique, la présence humaine, la politique de gestion des forêts et la stratégie de prévention et de lutte ont une influence primordiale sur leur amplitude.

[1] C’est la troisième plus grande superficie forestière après la Russie (776 millions d’hectares et le Brésil (478 millions). Les États-Unis (303 millions) sont quatrième, presque à égalité avec le Canada, puis viennent la Chine (182 millions), l’Australie (147 millions), la République du Congo (122 millions), L’Argentine (945 millions) …
[2] Chiffres issus de Effis : https://effis.jrc.ec.europa.eu/apps/effis.statistics/estimates
[3] Le Canada est « responsable » d’environ 10 % des feux de forêts du Monde.
[4] https://cwfis.cfs.nrcan.gc.ca/ha/nfdb
[5] Seuls les feux de plus de 200 hectares figurent sur la carte.
[6] Ces six années apparaissent statistiquement comme des points singuliers sur le graphique et il serait important d’examiner en détail les incendies qui, ces années-là, ont été vraiment hors normes. Les données disponibles ne le permettent pas. En revanche, nous pourrons faire ce genre d’analyses dans le cadre des incendies de forêts du Sud-Est de la France grâce à la base de données Prométhée qui nous donne accès à chaque feu individuel depuis 1973.
[7] Les premières estimations faisaient état de plus de 1.000 morts.
[8] https://www.canada.ca/en/environment-climate-change/services/lightning/forest-fires.html
[9] https://woodquestions.com/what-causes-forest-fires-in-canada/
[10] https://www.treehugger.com/the-causal-history-of-forest-fires-1342893

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