© 2022-2026 Frédéric-Georges Roux — Cette page fait partie de l’ouvrage « Et si nos forêts ne brûlaient plus ? » — Copyright et conditions d’utilisation
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La première chose à faire est d’abord de s’assurer qu’il est bien éteint et qu’il n’y aura pas de reprise.
Certains feux en effet, notamment dans des tourbières, continuent à couver pendant plusieurs mois et peuvent se propager dans le sous-sol et réapparaitre un ou deux kilomètres plus loin. Le recours à des caméras thermiques pour détecter les points chauds permet d’en suivre la progression.
Bien évidemment, les victimes feront appel à leurs assurances qui délègueront leurs experts et évalueront les dégâts.
Mais surtout, on envahira les médias et on communiquera dans tous les sens :
- « Hommage aux soldats du feu… »,
- « Catastrophe écologique sans précédent… »,
- « Une preuve de plus du dérèglement climatique dû à l’homme… »,
- « Le gouvernement vient au secours des communes sinistrées… »,
- « Nouveaux moyens pour les pompiers… »,
- « Une nouvelle stratégie : plus jamais ça… »…
Plus important, mais dans l’ombre, les professionnels devront :
- prendre des mesures d’urgence,
- assurer le retour de la faune,
- définir comment reconstruire la forêt,
- enquêter pour déterminer les causes et établir les responsabilités…
Mesures d’urgence
Il s’agit d’abord de limiter les risques post-incendie tels que les chutes d’arbres calcinés, les éboulements, les glissements de terrain, les ruissellements perpendiculaires à la pente provoquant des inondations en cas d’intempéries…
Sur les pentes on installera des fascines pour limiter l’érosion des sols en cas de ruissellement.

Fascines pour limiter le ruissellement
On curera les cours d’eau dans les vallons pour enlever les embâcles.

Curage des cours d’eau et des torrents temporaires
Puis on s’intéressera au devenir des bois brûlés qui restent exploitables, éventuellement en les déclassant (bois énergie, bois de chauffage, pâte à papier si le bois n’est que noirci…).

Récupération et valorisation du bois brûlé
Réhabiliter et reconstruire
Il convient de permettre le retour de la faune en limitant ou interdisant les actions de chasse ou des prélèvements excessifs. En général quelques oiseaux et les grands mammifères ont réussi à s’enfuir et reviennent en forêt lorsque les milieux commencent à se refermer par la repousse de la végétation, indispensable à leur alimentation. Un ou deux ans après l’incendie les perdrix, les sangliers, les chevreuils… sont revenus. Il faut attendre un peu plus pour les petits mammifères.

Plaine des Maures (septembre 2021) un mois après le feu de Gonfaron
Se pose alors la question de replanter ou de laisser faire la régénération naturelle. C’est à la fois une question écologique et une question économique car les travaux de plantation représentent un fort investissement sans garantie de réussite (préparation du sol, achat des plants, plantation proprement dite, protection, contre la dent du gibier…). Suivant les régions, les sols, les essences, l’état boisé résiduel, les peuplements sinistrés… la régénération naturelle peut être privilégiée sauf si elle a du mal à s’installer.

Recommandations du CRPF après le feu de Correns (2017)
Ce qui est certain, c’est que la nature dispose d’une capacité de résilience étonnante.

Résilience du chêne-liège un an après le feu de La Londe-les-Maures de 2017
Trouver les causes
Une enquête est diligentée après chaque sinistre pour déterminer les causes du départ et compléter la base de données Prométhée.
Leur origine est-elle naturelle, accidentelle, criminelle ?

Recherche de la cause du départ de feu
L’équipe pluridisciplinaire d’enquêteurs (cellule spécifique composée de gendarmes, de pompiers et de forestiers de l’ONF) commence par localiser son point de départ, qui se trouve sur une des bordures du feu à la pointe du « V » de propagation (après éclosion un feu se propage dans le sens du vent ou de la pente).
Une fois le point de départ du feu retrouvé, les enquêteurs essaient de déterminer son origine en relevant le maximum d’indices. Ils découvrent parfois que le feu a été provoqué par des randonneurs qui ont fait un barbecue dans les bois, et qui l’ont mal éteint ou pas assez bien recouvert les braises de terre ou de sable.
L’incendie peut aussi être causé par un mégot de cigarette mal éteint, en bord de route, dans un fossé, jeté par un automobiliste, en bord de chemin, jeté par un promeneur, un écobuage mal maîtrisé…
L’incendie peut aussi avoir été causé par la chute d’un arbre sur une ligne électrique ou, plus rarement, par la foudre.
Une fois analysée la « scène du crime », s’il n’y a pas d’explication logique, il faut suspecter une cause criminelle et l’enquête se poursuit pour essayer de déterminer qui pouvait être présent sur les lieux lorsque l’incendie s’est déclaré, en interrogeant des témoins, en relevant des traces de pneus, en examinant les vidéos prises par des caméras de surveillance afin d’identifier si possible l’auteur d’un acte volontaire.
L’enquête peut prendre beaucoup de temps. Ainsi, il a fallu attendre janvier 2023 pour que soit identifié et mis en examen un homme suspecté d’être à l’origine du feu de Gonfaron d’août 2021.

Trouver le suspect… et le présenter à la Justice
Un jour sans doute viendra le temps de la justice et de la sanction.