© 2022-2026 Frédéric-Georges Roux — Cette page fait partie de l’ouvrage « Et si nos forêts ne brûlaient plus ? » — Copyright et conditions d’utilisation
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Hélas, la prévention ne suffit pas
Non seulement le risque zéro n’existe pas mais il est peu probable que nos efforts pour dominer un jour le climat fassent complètement disparaître la foudre et la suppression totale des imprudences, des négligences, des accidents et des mises à feu volontaires fait partie des utopies que mes tendances provocatrices aiment à se fixer comme objectif.
Heureusement, nous bénéficions en France des moyens humains, de leur intelligence, de leur courage, de leur expérience… pour mettre en œuvre les moyens matériels, toujours insuffisants, et lutter avec une efficacité remarquable contre un fléau qui n’a pas l’intention de disparaître.

Moyens humains et matériels en action, au sol et dans l’air
La lutte contre les incendies de forêts n’est pas l’objet principal de mon livre et je me contenterai d’en évoquer seulement quelques aspects.
Lorsqu’un feu de forêt n’est pas maîtrisé dans sa phase initiale et qu’il prend de l’ampleur, il faut alors déployer d’importants moyens terrestres et aériens pour le circonscrire, freiner puis arrêter sa progression, l’éteindre et veiller à ce qu’il ne se réveille pas sournoisement.
Il ne me semble pas inutile à ce stade de rappeler d’abord comment naît le feu et comment il se propage.
Naissance et propagation
Pour qu’un feu de végétation naisse, il faut la réunion de trois « ingrédients » :
- une source de chaleur (impact de foudre, mégot, particules incandescentes, feu domestique, étincelle lors de travaux, allumage volontaire…),
- un combustible (biomasse qui va brûler),
- un comburant (oxygène présent dans l’air).

Le gang des incendiaires
Une fois démarré, le feu se propage de trois façons :
- par conduction (transmission de proche en proche de l’énergie, ce qui suppose une certaine continuité de combustible),
- par rayonnement thermique (ondes infrarouges) qui est le principal mode de propagation,
- par convection (mouvements d’air chaud, augmente avec le vent et la pente, contribue au transport de particules incandescentes en avant du front de flamme et au déclenchement de foyers secondaires par « sautes de feu »).

Propagation : conduction, rayonnement, convection
Quatre strates de végétation
Il convient également de comprendre comment le feu se propage dans un espace boisé entre les différentes « strates » de végétation :
- la litière : très inflammable, à l’origine de la majorité des départs de feux, difficile à détecter car elle se consume lentement,
- la strate herbacée : d’une grande inflammabilité, quand elle est sèche le vent peut y propager le feu sur de grandes superficies,
- les « ligneux bas» : maquis, garrigue, rémanents de coupes, branches basses d’arbres non élagués… d’inflammabilité moyenne mais qui transmet rapidement le feu aux strates supérieures,
- les « ligneux hauts » (houppiers) : rarement à l’origine d’un feu (foudre) permettent cependant la propagation des flammes de houppier à houppier lorsqu’ils sont proches et que cette strate e est atteinte (feux de cimes).

Les quatre strates de la végétation
Un feu naissant deviendra un grand feu en se propageant d’une strate à l’autre s’il y a continuité de combustible, ce qui justifie les dispositions techniques de débroussaillement obligatoire là où les enjeux sont importants (habitations proches d’un massif).
On distingue :
- Les feux de sol qui brûlent la matière organique contenue dans la litière, l’humus ou les tourbières. Alimentés par incandescence avec combustion, leur vitesse de propagation est faible.
- Les feux de surface qui brûlent les strates basses de la végétation, c’est-à-dire la partie supérieure de la litière, la strate herbacée et les ligneux bas. Ils se propagent en général par rayonnement et affectent la garrigue ou les landes.
- Les feux de cimes qui brûlent la partie supérieure des arbres et forment une couronne de feu. Ils libèrent en général de grandes quantités d’énergie et leur vitesse de propagation est très élevée. Ils sont d’autant plus intenses et difficiles à contrôler que le vent est fort et le combustible sec.

Feux de sol, de surface et de cime
Influence du vent
Le vent est le facteur le plus influent pour déterminer la direction et la vitesse de propagation d’un feu de végétation. Il pousse le feu et, à partir d’une certaine vitesse de vent, le feu ne peut plus se propager dans la direction contraire.

Le vent pousse le feu
Influence du relief
En terrain plat, et avec un vent d’une force suffisante, le feu se propage de manière sensiblement elliptique.

Propagation elliptique
Lorsqu’il y a une pente, le feu progresse plus vite en montant avec le vent dans le dos qu’en terrain plat.

Le feu progresse plus vite en montant une pente
En revanche, quand le feu a franchi la crête, il progresse plus lentement dans le sens de la descente en provoquant des tourbillons.

En descente le feu progresse plus lentement avec des tourbillons
Pour cette raison, lorsque la direction du vent dominant est connue (exemple le mistral qui vient du nord-ouest dans le massif des Maures), les ouvrages DFCI d’appui ne sont jamais tracés à l’ubac (au nord de la crête) mais côté adret (au sud légèrement en dessous de la crête).

La position des ouvrages d’appui DFCI doit tenir compte des vents dominants
La base du combat contre un incendie qui a commencé à progresser vise à arrêter le front en jalonnant les flancs.

La tête du feu est poussée arrière, les flancs suivent
Exemple : la zone d’appui des Pradels (Cavalaire-sur-Mer, Var).
Pour cela il est nécessaire de disposer de zones d’appui dans des endroits propices où les pompiers peuvent travailler avec un maximum de sécurité (vent faible ou nul, feu descendant une pente, masse combustible faible, possibilité de retrait en cas de danger…).

Zone d’appui des Pradels (Cavalaire-sur-Mer, Var)
Dernier point fondamental pour la sécurité des sapeurs-pompiers : la température d‘un feu peut dépasser les 1 000 °C, et il est mortel d’approcher les flammes à moins de 50 à 100 mètres sans équipement de sécurité spécialement conçu pour affronter de telles conditions.
À titre indicatif, pour une végétation de hauteur moyenne de 8 mètres, il y a environ 1 kilogramme de combustible brûlé par m². Si le vent est de 50 km/h, le feu se propage à environ 1 800 mètres à l’heure, soit 30 mètres par minute.
Le rayonnement thermique reçu est de :
- 5 W/cm² à 5 mètres,
- 2 W/cm² à 15 mètres,
- 1 W/cm² à 22 mètres,
- 0,5 W/cm² à 35 mètres.

Évolution de la température (25 à plus de 1 000 °C) selon la distance du foyer
Le seuil de douleur pour une personne non protégée est de 0,2 W/cm² alors qu’un sapeur-pompier protégé peut tolérer 0,7 W/cm².
Pour en savoir plus sur les techniques de lutte au sol contre les feux de forêts et d’espaces naturels qui évoluent régulièrement, je recommande de consulter le Guide détaillé réalisé par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) dont la première édition date de février 2021.

Guide des techniques opérationnelles
Pour en savoir plus sur l’utilisation des moyens aériens dans la lutte contre les feux de forêts, je recommande de se reporter au Guide réalisé par le ministère de l’Intérieur, Direction de la défense et de la sécurité civile (DDSC).
Rappelons que pour des raisons opérationnelles et de sécurité, c’est toujours le commandement au sol qui demande l’intervention des moyens aériens et surtout qui autorise les largages après s’être assuré que les personnels étaient au moins à 30 mètres de la zone de largage.

Guide d’emploi des moyens aériens
J’ai souvenir d’une fâcheuse expérience qui m’est arrivée en Corse dans les années 1970 alors que j’essayais avec deux ou trois copains bénévoles, en attendant les pompiers, de protéger tant bien que mal une maison isolée en tapant vigoureusement sur les flammes avec quelques branches. Soudain un Canadair largua sans prévenir au-dessus de ma tête quelques tonnes d’eau qu’il venait d’écoper dans la baie de Sagone. Je me suis retrouvé plaqué au sol, trempé mais surtout un peu groggy.
La zone mouillée par un largage a beau avoisiner les 8 000 m², celui qui se trouve pile au centre reçoit environ 10 litres d’eau sur la tête.