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Le risque incendie est évidemment très important pour les constructions situées en forêt, ce dont leurs propriétaires sont souvent conscients, mais l’expérience montre que les précautions légales minimum (OLD) n’y sont pas toujours respectées.

Villa dont les OLD ne sont manifestement pas respectées
Que dire quand ces villas de luxe (certaines valent plus de 2 millions d’euros) sont louées à la semaine à des touristes étrangers (ou seulement parisiens) qui n’ont aucune idée du risque et dont le plaisir est de deviser entre amis, secouant nonchalamment la cendre de leur cigarette sur les herbes cuites par le soleil qui bordent la terrasse en savourant un pastis à l’ombre du pin centenaire qui surplombe les tuiles remplies d’aiguilles sèches pendant que le plus jeune retourne une épaisse côte de bœuf sur la grille d’un barbecue de fortune aux pieds branlants ?

Les barbecues non attenant à l’habitation sont interdits.

Et si c’était un cas isolé. Mais non, personne ne les respecte.
Peu de temps après l’incendie de La-Croix-Valmer de 2017 [1], j’ai été sollicité par le secrétaire d’une ASL constituée des propriétaires de riches résidences secondaires d’un lotissement créé depuis plusieurs dizaines d’années au beau milieu d’un massif forestier situé en outre à moins de 2 km à vol d’oiseau du point de départ de cet incendie qui leur a donné chaud.
Il était temps pour son bureau de se soucier des Obligations Légales de Débroussaillement car un grand nombre des copropriétaires ne mesurait ni les risques ni le détail des mesures obligatoires à respecter.

Vue aérienne du lotissement de villas de luxe
Je lui ai proposé, après avoir appréhendé la situation réelle sur le terrain, d’établir un document lui permettant de faire prendre conscience aux membres de l’ASL de la situation et de décider des travaux et des actions souhaitables et, si besoin, de l’accompagner dans ses discussions avec les autorités locales (mairie, pompiers…).
Comme la majorité des domaines privés de cette classe, le « lotissement » est sécurisé et il n’y a qu’un accès donnant sur la voie publique avec un portail électrique nécessitant un badge.
La voie principale se sépare ensuite en trois voies secondaires pentues et sinueuses desservant chacune un tiers des 80 villas réparties sur les 80 hectares boisés du domaine. Chacune de ces trois voies secondaires se termine en cul-de-sac par un rond-point circulaire d’un diamètre suffisant pour qu’un véhicule léger puisse effectuer un demi-tour sans manœuvrer.

Plan des voies de circulation dans le lotissement
Une rapide visite permettait de constater que la densité de la végétation autour des constructions ne respectait pas les dispositions de l’arrêté préfectoral réglementant les OLD mais que le risque de départ de feu en provenance de l’une des parcelles du domaine où la présence humaine est forte, surtout l’été, y compris avec des touristes louant les résidences à la semaine et peu au fait des précautions élémentaires à respecter (barbecue, cigarette…) était beaucoup plus probable que celui d’un incendie provenant des bois à l’extérieur du domaine.
Il était donc impératif que les propriétaires prennent au plus vite et le plus sérieusement possible conscience des risques et de leurs conséquences et qu’ils prennent, là aussi au plus vite, les mesures minimales pour les limiter et s’en protéger et notamment que TOUS réalisent (ou fassent réaliser) dans leurs parcelles au moins les travaux correspondant aux OLD.
Mais ce n’était pas suffisant.
Le risque le plus grave et le plus probable (la question n’étant pas de savoir s’il va se produire, mais quand il allait se produire) est un départ de feu accidentel dans l’une des parcelles mal débroussaillée qui, s’il n’est pas traité dans la minute qui suit, va se propager plus ou moins rapidement aux parcelles voisines et, de parcelle en parcelle, à tout ou partie du domaine, avant que les secours n’aient pu être prévenus, arriver par la petite route départementale sinueuse et fixer le feu qui n’est sûrement plus un feu naissant.
Même entraînés (j’aborderai le sujet des exercices un peu plus loin) — ce qui n’est pas le cas pour la grande majorité des résidents, y compris des permanents, et que dire des touristes en location saisonnière à la semaine et des enfants — le risque de panique est évident. Or, le domaine est une souricière.

Des face-à-face qui entravent l’action
On imagine facilement l’embouteillage des fuyards (forcément dans leur voiture qu’il leur faut sauver et qui représente aussi aux yeux du profane le moyen le plus sûr pour s’éloigner du brasier) et la concentration dans l’entonnoir où se rejoignent les trois voies secondaires, puis à la sortie débouchant sur une petite route départementale étroite et sinueuse, pour tenter d’échapper, qui vers la droite, qui vers la gauche, le tout à contre-sens des services de secours qui essayent d’arriver rapidement au plus près des flammes (sans personne pour les guider) [2].
La recommandation, classique mais loin d’être intuitive, est que si un incendie se déclare dans le domaine, sauf à avoir une vue aérienne suffisante (par exemple si chacun active son drone personnel pour déterminer en temps réel par quelle issue échapper), il convient de rester confiné dans sa villa, volets fermés, en attendant que le feu passe, et/ou que les secours donnent l’ordre d’une évacuation organisée et sécurisée.
Oui mais voilà, rester confiné dans une villa sur une parcelle mal ou non débroussaillée, avec des pins déployant l’ombre de leurs branches au-dessus du toit, ne protège pas longtemps.
En outre, si la parcelle mitoyenne n’est pas débroussaillée et qu’une grande quantité de biomasse combustible s’enflamme, il est certain que les fumées et la chaleur dégagée n’aideront pas longtemps au maintien d’un confinement sécurisé.
Il ne suffit donc pas de débroussailler sa parcelle, il faut que les parcelles voisines le soient aussi, et de proche en proche que TOUTES les parcelles du domaine soient correctement débroussaillées. C’est non seulement une obligation légale qui doit être respectée, mais c’est aussi et surtout, la meilleure façon de protéger les personnes et les biens.
Mon rapport de conseil contenait quelques recommandations complémentaires.
- Échappatoires: créer, avec l’autorisation des propriétaires concernés, des échappatoires, au moins piétonnières, pour pouvoir sortir du domaine en cas de sinistre sans avoir à emprunter les voies en cul de sac.
- Portails privatifs: rappeler qu’en cas de départ de feu, il convient, avant que l’alimentation électrique ne soit coupée par les services de distribution, que chaque propriétaire présent ouvre immédiatement les accès à sa parcelle et notamment actionne tout portail électrique pour permettre le passage des secours.
- Barbecues: rappeler que seuls les barbecues attenant à la construction avec dispositif d’évacuation des fumées sont autorisés, sans oublier que leur usage est dangereux.
- Cigarettes: rappeler qu’il est interdit de porter du feu en forêt et qu’il est interdit d’y fumer. Commencer par rappeler que c’est dangereux.
- Autoprotection: se doter d’un équipement d’autoprotection (pompe thermique haute pression près de la piscine, quand il y a une piscine), avec au moins 40 m de tuyaux et une lance, prêt à démarrer et vérifié régulièrement. Il ne s’agit pas de se transformer en pompiers mais, tant qu’on n’est pas encore contraint de se confiner, d’arroser les abords et les volets.
- Résidences secondaires: rappeler que l’état débroussaillé doit être permanent. Ne pas hésiter à faire intervenir les services de la mairie qui ont des moyens de pression sur les récalcitrants, y compris le débroussaillement d’office à leurs frais.
- Locations meublées: rédiger en plusieurs langues une brochure ou une affiche plastifiée expliquant les risques et les consignes, notamment le confinement et intégrer ces consignes dans le contrat de location.
- Exercices: réaliser, au moins une fois par an en été, avec des vacanciers, propriétaires ou locataires, un exercice d’alerte, de confinement suivi d’évacuation et de mise en sécurité, en coordination avec les pompiers, la gendarmerie, les CCFF, pourquoi pas, avec un déploiement fictif (sans arrosage) de Canadairs et d’hélicoptères bombardiers d’eau de la Sécurité Civile, pas seulement sur le domaine mais sur l’ensemble des habitations du massif.
- Améliorer le réseau d’hydrants : pourvoir une des trois voies qui n’en a pas assez de poteaux incendie aux normes DECI, vérifier leur conformité et leur aptitude à délivrer la quantité et le débit suffisants, installer une réserve d’eau au point haut du domaine et construire un réseau gravitaire avec des poteaux le long d’une des voies.
Ce domaine, qui n’est qu’un exemple, réel mais loin d’être unique, doit effectivement respecter les dispositions DFCI, et donc les OLD prévues dans le Code forestier complétées par l’arrêté préfectoral en décrivant les spécifications, puisqu’il est incontestablement à moins de 200 mètres d’un massif forestier situé dans une région vulnérable (le Var), mais aussi les dispositions sur les hydrants précisées dans le règlement départemental DECI.
[1] Quand les premiers pompiers, situés à 8 km, sont intervenus 12 minutes après l’alerte, le feu avait déjà parcouru 400 hectares !!! Il en a finalement brûlé 506. Simultanément, ils ont dû combattre celui d’Artigues (1 704 hectares) et celui de La-Londe-les-Maures (1 423 hectares).
[2] On se trouve dans une situation comparable au feu de Mati (Grèce) que j’ai décrit dans la première partie.