© 2022-2026 Frédéric-Georges Roux — Cette page fait partie de l’ouvrage « Et si nos forêts ne brûlaient plus ? » — Copyright et conditions d’utilisation
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Source des données sur les feux de forêts en France
En 1973, l’État français a décidé de se doter pour la zone méditerranéenne, très sensible aux incendies, d’un outil statistique fiable permettant des comparaisons spatiales, temporelles et une meilleure connaissance des causes, recensant les feux de forêts au sein d’une base de données unique.
Cette base de données, accessible au public via Internet, s’appelle Prométhée [1].
Dans chaque département de la zone de défense Sud, ce sont les services qui concourent à la prévention et la lutte (SDIS, DDT(M), ONF, gendarmerie, police) qui alimentent la base de données. Elle est renseignée en continu par les différents intervenants selon une périodicité variable en fonction des disponibilités et priorités de chacun. Le bilan définitif d’une année (chiffres consolidés) est arrêté au 31 janvier de l’année suivante.
En 2006, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a créé une base de données similaire chargée de centraliser l’ensemble des données sur les incendies de forêts sur le territoire français et de mettre cette information à disposition du public et des services de l’État. Ce service s’appelle Bdiff [2].
Nous disposons donc d’un historique sur une courte période (2006-2022) pour toute la France et sur une période un peu plus longue pour les 15 départements du Sud-Est. Il nous faut faire avec mais c’est beaucoup mieux que rien.
S’il était intuitif [3] que le Sud-Est (habitué à brûler tous les ans) et le massif des Landes de Gascogne (beaucoup moins cité avant 2022) étaient les deux grandes régions de France les plus concernées par les incendies de forêts, la carte ci-dessous [4] le confirme visuellement.

Feux ayant parcouru plus de 10 hectares (2006-2021)
Si l’on fait abstraction des sinistres du sud-est et de ceux du sud-ouest (carte ci-dessous), il n’en reste que 199 (soit 12 % du nombre) qui, au cours de la même période, ont parcouru 6 900 hectares (soit seulement 5,4 % de la surface brûlée totale).

Feux ayant parcouru plus de 10 hectares (2006-2021) hors moitié sud
Je me limiterai à faire un tour rapide des incendies de forêts dans le Sud-ouest, faute de données suffisantes sur une longue période (2006-2021 seulement) pour développer en détail ceux de la zone de défense Sud qui bénéficient des données recueillies dans Prométhée depuis 1973.
Quid de 2022 ?
Au moment où je révise mon livre pour le terminer, l’année 2022 n’est pas encore terminée et Bdiff s’arrête fin 2021. Il faudra encore attendre quelques mois avant de disposer des données de cette année qui a été une année incontestablement « exceptionnelle » sur le plan des incendies de forêts en France, mais qui n’est ni inédite, ni un record.
Nombreux sont les Cassandre qui prédisent que 2022 sera une année « normale » dans les années qui viennent.
Je ne suis pas devin mais seulement de formation mathématique et scientifique. J’estime que faute de données historiques précises suffisantes, il est impossible d’affirmer qu’il y a une corrélation entre les départs de feux de forêts et les variations climatiques passées. Toute modélisation visant à prédire leur nombre et leur ampleur dans l’avenir relève d’une supercherie scientifique, ne serait-ce que parce que les causes de leurs départs en France sont très rarement d’origine naturelle.
Cette remarque, que d’aucuns qualifieront d’hérétique, ne conteste absolument ni les tendances constatées et même projetées au réchauffement, ni surtout le fait que les conditions climatiques (sécheresse, températures élevées, vents violents… mais aussi à l’inverse, pluie, humidité, froid, absence de vent…) ont une influence réelle sur le risque de propagation d’un incendie une fois qu’il s’est déclaré.
D’autres critères sont à prendre en considération pour évaluer (ou constater) son ampleur (la surface parcourue avant d’être fixé, voire éteint complètement), tels que la quantité et l’inflammabilité de la végétation présente, la rapidité de détection de son départ, celle de l’arrivée des premiers secours sur les lieux (donc le lieu géographique où il démarre), les moyens et la stratégie de lutte…
La quatrième partie de ce livre devrait montrer qu’il est probablement plus facile, moins coûteux et plus efficace de réduire fortement dans les années qui viennent le nombre de départs de feux, à défaut de les éradiquer, que de changer suffisamment les tendances d’évolution des climats.
La mémoire humaine est faite de telle façon qu’elle oublie très vite le passé, surtout quand il n’a été ni vécu, ni enregistré.
« Je n’ai jamais vu ça ici » est une phrase qui revient systématiquement sur les réseaux sociaux ou dans les micros-trottoirs des journaux télévisés et il est classique que la dernière catastrophe naturelle soit considérée comme « un record », même s’il est ajouté (discrètement) « depuis celle survenue en … ».
On trouve dans un article du journal Le Monde du 22 août 2022 le paragraphe ci-dessous :

Extrait du Monde du 22 août 2022
Cette affirmation est « erronée » (ce n’est pas un record) s’appuie sur les données issues du système Effis, trop récemment mis en service (lui aussi en 2006) pour pouvoir témoigner de la longue histoire des incendies qui ont toujours sévi dans l’hexagone.
En outre, ce système, qui a le mérite d’exister, est, à ce jour, encore extrêmement succinct et les données qui y sont enregistrées sont très largement insuffisantes [5] pour permettre des études telles que celles que nous pouvons faire, certes sur une zone restreinte, à l’aide des services Prométhée et Bdiff.
Par ailleurs, la base Bdiff qui est à mes yeux beaucoup plus fiable donne 51 209 hectares de forêts, maquis et garrigues parcourus par les incendies en France métropolitaine et non le 62 000 médiatique.
En 1976, ce qui n’est pas si vieux, les feux de forêts avaient parcouru 88 000 hectares et 73 000 en 2003 dans l’hexagone
Note additionnelle du 13 août 2026 : Le chiffre dépassant les 120 000 hectares incendiés depuis le début de l’année 2026 concerne aussi des feux de végétation et pas seulement les feux de forêts qui, jusqu’à présent étaient les seuls comptabilisés dans les bases de données que j’ai prises en compte. Il présente l’avantage de mieux faire prendre conscience au public, qui a en partie la solution à sa portée individuelle, de l’ampleur d’un problème (l’étincelle initiale d’origine humaine) dont les évolutions du climat risquent d’amplifier les conséquences et de conduire à une augmentation des moyens de détection et de lutte. Il conviendra de le valider ou de le réviser quand les données de la base Bdiff seront disponibles
Les bases de données Prométhée et Bdiff
La base de données Prométhée couvre depuis 1973 tous les feux de forêts des 15 départements de la zone de défense Sud. Elle est alimentée par les services départementaux qui concourent à la prévention et à la lutte (SDIS, DDT ou DDTM, ONF, gendarmerie, police) et accessible publiquement par Internet. Bdiff couvre la France entière mais ne recense les incendies que depuis 2006.
Les deux systèmes sont similaires mais pas identiques. L’utilisateur dispose d’un certain nombre de critères de sélection. Les résultats de la sélection sont de trois types :
- une liste des incendies qui peut être télétransmise et gérée dans un fichier Excel,
- une carte montrant les points d’éclosion de chaque incendie sélectionné,
- une fiche détaillée décrivant l’incendie.

Exemple de sélection (année 2020, toute la zone, tous les incendies)

Exemple de liste (année 2003, région PACA, feux de plus de 10 hectares)

Exemple de carte (année 1990, Département du Var, feux >= 20 hectares)

Exemple de liste (année 1990, Département du Var, feux >= 20 hectares)

Exemple de fiche détaillée (feu de Gonfaron, août 2021)
[1] https://www.promethee.com/
[2] https://bdiff.agriculture.gouv.fr/
[3] Le Code Forestier confirme l’intuition. Le chapitre III (Mesures applicables aux territoires réputés particulièrement exposés aux risques d’incendie) précise (article L133-1) : « Sont réputés particulièrement exposés au risque d’incendie les bois et forêts situés dans les régions Aquitaine, Corse, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans les départements de l’Ardèche et de la Drôme… »
[4] Carte issue de Bdiff où figurent les 1 666 feux de plus de 10 hectares qui, de 2006 à 2021, ont brûlé 127 029 hectares de nos forêts métropolitaines.
[5] Consulter le site https://effis.jrc.ec.europa.eu/applications pour comprendre les limites actuelles (et probablement futures) de ce service.