FdF-226 Gros plan sur quelques grands feux en PACA

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Note de lecture : la présente section a été rédigée avant l’été 2021 et ne comprend pas le grand feu d’août 2021 qui s’est déclenché depuis une aire de l’autoroute A57 sur la commune de Gonfaron et qui, après avoir ravagé la plaine des Maures (Réserve Nationale Naturelle) a gravi l’ubac jusqu’à la crête du massif des Maures, l’a franchi, puis est redescendu jusqu’à la route D98 (La Mole-Cogolin), au pied de l’adret, après avoir parcouru près de 7 000 hectares. Ce feu fera l’objet de la section suivante. 

Pour éviter une page trop longue à lire d’une seule traite j’ai également décidé de traiter le retour des feux en PACA en 2016 et 2017 dans une page spécifique qui y fera suite.

Si nous disposons depuis 1973 d’une base de données recensant l’intégralité des feux de végétation des 15 départements de la zone de défense sud, nous avons de nombreuses traces de quelques grands feux du passé.

On peut citer, par exemple :

  • 1271 : La forêt de La Verne (Var) est entièrement détruite.
  • Début XVIème siècle : Charles-Quint fait flamber l’Estérel pour chasser les paysans.
  • 1744 : Le territoire de La Mole est en cendres.
  • 1756 : Feu d’Hyères à Léoube.
  • 1764 : Tout l’Estérel est en feu.
  • 1807-1808 : 33 incendies dans le triangle Gonfaron – Vidauban – Pierrefeu.
  • 1838-1848 : 40 000 ha de forêt varoise.
  • 1863 : Incendie dans le Var de Pignans à Collobrières.
  • 1864 : 11 000 hectares dans le Var.
  • 1877 : Le village des Adrets est sauvé par une saute de vent.
  • 1899 : 9 000 hectares dans le Var.
  • 1918-1919 : Tout l’Estérel brûle.
  • 1918-1935 : 8 000 hectares par an dans le Var.
  • 1923 : L’enfer dans les Alpes-Maritimes : 8 morts et des dégâts considérables.
  • 1940-1944 : 23 000 hectares par an dans le Var.
  • 1962 : 19 000 hectares dans le Var.

1er août 1965, massif des Maures : « C’était l’apocalypse [1] »

« Huit communes touchées par les flammes [2]. 23 000 hectares ravagés. Deux morts et de nombreux blessés. Une semaine entière de lutte pour les sapeurs-pompiers varois

Coupure de presse « Nouvelle bataille du feu »

Le 1er août 1965, le massif des Maures est frappé par le plus important incendie de son histoire. À l’époque, le pompier du Rayol-Canadel Yves Gola a seulement 15 ans. Et déjà sa vocation, dans le sillage de son père et de ses frères : il fait partie des soldats du feu ‟ minimes ” volontaires. Celui qui deviendra, de 1973 à 2008, commandant de la caserne de Cavalaire/La-Croix-Valmer, a vécu au plus près de l’action cet incendie ‟ hors normes ” dans le Var. Il se souvient de chaque détail avec émotion…

17h00 alerte… 

[…] À l’époque, il n’y avait pas assez de pistes, ni de points d’eau et encore moins de débroussaillement. Il y a eu deux morts, mais le bilan humain aurait pu être beaucoup plus lourd. C’est une expérience gravée à jamais, qui m’a formé dans ma profession. »

Les feux de l’année « sécheresse » (1976)

1976, 2003 et 2022 sont, à ce jour, les trois années de sécheresse exceptionnelle en France qu’il est possible de comparer.

Sur le plan des incendies de forêts, 2003 est sans nul doute dans toutes les mémoires des Provençaux et 2022 dans celles des Girondins, mais qu’en est-il de 1976, à part le souvenir de « l’impôt sécheresse » exceptionnel [3] ?

Et bien, au cours de cette année dont l’été a été « caniculaire », le Var n’a connu qu’un seul feu, celui de Fox-Amphoux, qui a parcouru 16 malheureux hectares (de trop).

Année 1976 : un seul feu de plus de 10 hectares dans le Var

Année 1976 : un seul feu de plus de 10 hectares dans le Var

De leur côté, les Bouches-du-Rhône ont connu seulement 12 départs de feux et 767 hectares calcinés, dont le feu de Rognes qui, à lui seul a parcouru 492 hectares.

Année 1976 : seulement quelques petits feux de plus de 10 hectares dans les Bouches-du-Rhône

Année 1976 : seulement quelques petits feux de plus de 10 hectares
dans les Bouches-du-Rhône

1986 : 24 227 hectares brûlés en Provence-Alpes-Côte d’Azur

L’été 1986 a été particulièrement catastrophique en termes d’incendies dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur notamment dans les départements du Var et des Alpes-Maritimes : 143 feux de plus de 1 hectare dont 10 de plus de 500 hectares et 5 de 100 à 500 hectares.

Été 1986 : Feux de plus de 100 hectares en Provence-Alpes-Côte d'Azur

Été 1986 : Feux de plus de 100 hectares en Provence-Alpes-Côte d’Azur

Le 7 juillet, un virulent incendie touche le sud du Var, sur le territoire de la commune d’Hyères, où 4 125 hectares sont entièrement dévastés.

Les 23 et 24 juillet, de nombreux départs de feux incontrôlables sont constatés. Plus de 8 000 hectares partent en fumée dans les Alpes-Maritimes, tandis qu’un incendie ravage une grande partie du massif de l’Estérel (2 450 hectares) dans le Var, entre les communes des Adrets et de Tanneron.

Cartographie du feu de l'Estérel au 24 juillet 1986

Cartographie du feu de l’Estérel au 24 juillet 1986

Le 25 juillet, Var Matin titre : « Le retour du feu : près de 3 000 hectares ravagés entre Les Adrets et Tanneron ».

Été-automne 1990

La fin de l’été et le début d’automne 1990 sont dans toutes les mémoires des locaux, avec les deux incendies les plus étendus jamais observés en région Méditerranéenne, touchant la même zone à seulement un mois d’écart.

En 3 mois, du 1er juillet au 30 septembre, 414 départs de feux parcourront 33 875 hectares (dont 5 de plus de 2 000 hectares qui à eux seuls ravageront 29 326).

Le 21 août 1990, un départ de feu est signalé dans le massif des Maures. Encerclant pendant trois jours la commune de Collobrières, il est à l’origine de deux accidents de camions causant la mort d’un sapeur-pompier, tandis que cinq autres sont blessés. Ce feu ravage pas moins de 9 600 hectares.

C’est ce feu, le 375-13, qui, parti de Collobrières le 21 août, est venu terminer sa course vers le 6 septembre dans ma colline (domaine des Baumes, à Carnoules) grâce à l’action conjuguée des sapeurs-pompiers et des bénévoles du Comité Communal des Feux de Forêts carnoulais (CCFF) et du vent qui a gentiment décidé de faire marche-arrière, poussant les flammes dans la direction des terrains déjà calcinés.

Feu de Collobrières du 21 août 1990 (et son point de rebroussement)

Feu de Collobrières du 21 août 1990 (et son point de rebroussement)

Un mois plus tard, un incendie encore plus ravageur se déclenche près de Vidauban le 21 septembre. Du vendredi 21 au dimanche 23 septembre, 11 580 hectares sont détruits de nouveau dans le massif des Maures déjà durement éprouvé. Une trentaine de maisons et de caravanes, ainsi qu’une quarantaine de voitures ont été détruites. De nombreuses personnes ont été momentanément évacuées ou ont dû s’enfuir devant la progression des flammes, notamment à Sainte-Maxime, Cavalaire, Roquebrune-sur-Argens et Draguignan.

Les grands feux de l'année 1990 en Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les grands feux de l’année 1990 en Provence-Alpes-Côte d’Azur

Avec plus de 21 000 hectares brûlés en deux mois, il s’agit de l’équivalent de la moitié de la surface forestière du massif des Maures qui est partie en fumée cette année-là.

Les feux de l’été 2003

L’été 2003 n’a pas été une sinécure pour les pompiers du Var : quatre très grands feux presque au même endroit qui ont parcouru 17 076 hectares en six semaines.

Les grands feux de l'été 2003 dans le Var

Les grands feux de l’été 2003 dans le Var

17 juillet : Vidauban

Le 17 juillet à 14 h 35 la population donne l’alerte. Le feu a pris à Vidauban, au lieu-dit « Roucas-Toucas ». Deux véhicules de sapeurs-pompiers, positionnés à moins de 2 km, arrivent à moins de 100 m du foyer qui s’est déjà étendu sur 2 hectares à 14 h<45. Il parcourt plus de 25 kilomètres pour s’étendre jusqu’au littoral sur les communes de Saint-Aygulf et des Issambres, brûlant à son passage des dizaines de véhicules, des bungalows ainsi que plusieurs habitations. Plus de 5 000 personnes sont évacuées en pleine nuit, et le feu ravage un total de 6 744 hectares de végétation. Il faudra attendre une semaine, jusqu’au 24 juillet, pour éteindre ce feu en intégralité. Les données Prométhée disponibles ne donnent pas les conditions météorologiques.

28 juillet : encore Vidauban

Quatre jours après l’extinction, le 28 juillet à 16 h 28, c’est encore la population qui donne l’alerte.

Le feu a pris à La Bastide Rouge, sur la D72, à nouveau sur la commune de Vidauban.

Carte autour de Vidauban (La Bastide Rouge est en bas au centre)

Carte autour de Vidauban (La Bastide Rouge est en bas au centre)

Le groupe d’intervention du SDIS qui est à 9 km ne met que 10 minutes pour arriver sur les lieux, à moins de 100 m du foyer qui a déjà brûlé 2 hectares.

L’incendie sera déclaré éteint le 30 juillet à 16 h 00 après avoir parcouru 5 656 hectares dont 4 884 de forêt et 762 de Landes, maquis ou garrigue, principalement sur le massif de l’Estérel.

Au cours de ces intenses feux de forêt, quatre personnes dont trois touristes étrangers périssent. Pour la première fois, les autorités doivent faire appel à des renforts étrangers pour parvenir à éteindre ces incendies.

Toujours le 28 juillet : La Motte

Le même jour, le 28, à 18 h 32, la population alerte : « un feu s’est déclaré sur la commune de La Motte ».

Le groupe d’attaque des pompiers est à 15 km. Il arrive sur les lieux 13 minutes plus tard, à 18h45, à moins de 100 m du foyer qui a déjà brûlé une dizaine d’hectares. Il leur faudra attendre 12 jours pour en venir à bout, le 9 août à 18h32 après qu’il eut parcouru 1 960 hectares.

Un mois plus tard, le 31 août : Le Cannet-des-Maures

Petit répit, mais le 31 août, c’est encore la population qui lance l’alerte à 9h48 pour un feu qui s’est déclaré au lieu-dit « le Pic Martin », 396 m d’altitude, sur la commune du Cannet-des-Maures, en plein massif, près de l’ancienne mine.

Un véhicule du SDIS est posté à 5 km.

Carte du versant sud des Maures (Le pic Martin est à l'ouest de La Garde-Freinet)

Carte du versant sud des Maures
(Le pic Martin est à l’ouest de La Garde-Freinet)

Le lieu, très escarpé, n’est pas facile d’accès. À 9h58, 10 minutes après l’alerte, il arrive à 100 m du foyer. Il lui a fallu prendre la piste du Pic Martin à partir de la D75, faire plusieurs centaines de mètres, passer un gué en épingle à cheveu puis contourner le pic en restant dans le vallon à son pied, avec le risque de ne pouvoir faire demi-tour pour constater que 5 hectares sont la proie de flammes.

Il faudra 12 jours de lutte, des hélicoptères et des Canadairs mais aussi l’intervention de gros bulldozers pour tracer de nouvelles pistes à flanc de massif pour déclarer le 11 septembre à 19 h 00 que ce quatrième grand feu de l’été 2003 dans le Var est enfin éteint.

Entre temps, le 25 juillet 924 hectares ont brûlé à Fréjus à cause d’une mise à feu involontaire d’un particulier, ainsi que 378 le 21 août à La Garde-Freinet. sept autres incendies « modestes » ont mobilisé les pompiers du Var au cours de cet été « caniculaire » qui, finalement, n’a pas connu un très grand nombre de départs de feux et aucun dû à une cause naturelle.

Au cours de ce même été, le département des Bouches-du-Rhône a connu 12 feux de forêts de plus de 10 hectares, dont un seul dû à la foudre, ayant en tout parcouru 2 169 hectares, le plus important, celui d’Eygalières, en a parcouru 750, suivi par celui de Lambesc qui en a parcouru 463.

Les feux de plus de 10 hectares de l'été 2003 dans les Bouches-du-Rhône

Les feux de plus de 10 hectares de l’été 2003 dans les Bouches-du-Rhône

[1] https://www.varmatin.com/faits-divers/feu-du-1er-aout-1965-dans-le-massif-des-maures-c-etait-l-apocalypse–313080
[2] Collobrières, Pierrefeu-du-Var, La-Londe-les-Maures, Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou, Le-Rayol-Canadel, La Môle, Cavalaire.
[3] « L’impôt sécheresse » fut un impôt français exceptionnel instauré afin de financer l’indemnisation des victimes de la sécheresse de 1976. Cet impôt de solidarité aux agriculteurs victimes de la sécheresse prit la forme d’une majoration temporaire de l’impôt sur le revenu payé par seulement 3 millions de contribuables français et de l’impôt sur les sociétés, ainsi que la possibilité de participer à l’effort de solidarité nationale sous forme d’emprunt à 7 % dont le remboursement sera étalé de 1981 à 1989 et aura coûté à l’État six fois son montant initial.

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