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L’objectif de la surveillance des massifs, dans le contexte des incendies de forêt, est de pouvoir détecter au plus tôt un départ de feu afin de lancer l’alerte au plus vite et permettre aux moyens de lutte d’être le plus rapidement possible en mesure d’attaquer et d’éteindre le feu naissant.
Un départ de feu se manifeste principalement par :
- Une fumée suspecte,
- Une flamme
- Une élévation importante mais ponctuelle de température.
De jour, c’est l’apparition d’une fumée qui est la plus facile à détecter notamment à grande distance (à ne pas confondre par exemple avec un nuage de poussière soulevé par un véhicule sur une piste non goudronnée ou une brume matinale…), y compris à partir du sol, mais qui dit « surveillance » implique un point haut avec visibilité la plus large possible, l’idéal étant à 360°.
Ce point haut peut être naturel dans les régions montagneuses (cas des forêts méditerranéennes, ce qui est exclu dans le massif des Landes de Gascogne), une tour de guet ou un aéronef affrété à cet effet.
De nuit, le moyen principal pour détecter un incendie est l’apparition d’une flamme dont la couleur et la luminosité sont caractéristiques, encore faut-il qu’il y ait quelqu’un ou un dispositif pour la repérer.
La détection, puis l’alerte, sont principalement le fait d’une présence humaine, fortuite parfois, planifiée pendant les périodes à risque avéré (patrouilles, vigie ou guet aérien armé ou non), mais on commence à voir apparaître des dispositifs et systèmes où la technologie renforce les moyens humains, voire vise à s’y substituer.
Patrouilles
Chaque année, en général de mi-juin à mi-septembre [1], chaque département, y compris dans les régions peu habituées, démarre la « campagne feux de forêts ».
Dans le Var, par exemple, c’est l’objet d’une convention entre l’État et le Conseil départemental qui co-financent pour la durée de la campagne les moyens nécessaires (véhicules et équipes, y compris les bénévoles des CCFF).

Signature de la convention de lancement de la campagne 2017 (Var)
Marc Giraud, président du Conseil général du Var, au centre, Jean-Luc Videlaine, préfet du Var, à droite, encadrant Gilles Allione, Président de l’Union départementale des CCFF, et votre serviteur reconnaissable à son uniforme hawaïen.
Les patrouilles, notamment celles de l’ONF dont les agents sont habilités à verbaliser, jouent un rôle éducatif et dissuasif mais sont surtout là pour détecter les feux naissants et lancer l’alerte en donnant le maximum d’informations aux services de lutte (lieux précis du foyer, nature des végétaux, ampleur…).

Patrouilles (ONF, CCFF, sapeurs forestiers du Conseil départemental du Var)
Les Comités communaux feux de forêts (CCFF) :
- sont composés de bénévoles placés sous l’autorité du maire,
- apportent leur concours en matière d’alerte, d’information, de guidage, de gestion et de soutien logistique,
- surveillent tout au long de l’année les massifs forestiers de leur commune en patrouille véhiculée, ou dans un poste de surveillance, dit vigie.
En fonction de l’équipement de leur véhicule (des 4×4 pick-up disposant d’une citerne de 500 litres, d’une motopompe thermique, d’une ou deux lances et de quelques dizaines de mètres de tuyaux) et des conditions de sécurité (car ils n’ont pas d’équipements de protection individuelle leur permettant d’approcher un feu établi), une patrouille CCFF ou DFCI peut être amenée à éteindre un petit feu naissant.
Il faut cependant noter que la probabilité pour qu’un véhicule patrouilleur en mouvement détecte un feu naissant est relativement faible et tient plus du hasard et de la « chance ». En revanche, si le véhicule est « armé », c’est-à-dire s’il dispose d’une citerne, d’une pompe et d’une lance, et s’il est à proximité d’un feu naissant détecté par ailleurs, il peut se rendre rapidement sur les lieux et avoir une action déterminante pour en empêcher la propagation.
On notera à ce propos que les équipiers patrouilleurs ont en règle générale une parfaite connaissance du terrain et des pistes, ce qui leur permet de se rendre sur les lieux indiqués par l’itinéraire le plus rapide, mais surtout le plus sûr.
C’est particulièrement le cas des CCFF qui sont des habitants de la commune, souvent des paysans, des forestiers et des chasseurs locaux, qui sillonnent les pistes à longueur d’année depuis souvent leur adolescence.
Cette particularité des CCFF est primordiale au moment d’engager une colonne de véhicules de secours sur une piste DFCI inconnue ou simplement mal connue des pompiers en direction d’un foyer. S’il existe des atlas des pistes DFCI, leur mise à jour peut dater de quelques mois et leur « praticabilité » peut avoir changé (ornières, effondrement, chute d’arbre…). D’autre part, les pompiers viennent souvent de centres éloignés, voire de l’autre bout de la France, sans la moindre connaissance des particularités locales, notamment du relief et du comportement des vents qui peuvent créer des pièges mortels.
Pour ces raisons, avant d’engager ses troupes, le chef de la colonne se fera accompagner d’un équipier CCFF local pour aller repérer avec un véhicule léger les caractéristiques et l’état de la piste et notamment les zones de croisement et de retournement.
Dans une même commune, tous les équipiers n’ont pas nécessairement une connaissance équivalente des pistes.
À titre d’exemple, dans ma commune de Carnoules, je connaissais les pistes du sud de la commune que je parcourais tous les jours au mètre près, mais pas vraiment celles situées au nord.
Vigies et tours de guet

Vigie sur une tour de guet
Les vigies et les tours de guet sont un des moyens les plus efficaces pour détecter les éventuels [2] départs d’incendies de végétation à grande distance.
Par temps clair, suivant la configuration du terrain et la hauteur de la tour, un guetteur peut repérer une fumée suspecte à une vingtaine de kilomètres et, avec l’habitude, le positionner à quelques centaines de mètres près et informer le PC qui prend alors contact avec les tours voisines pour déterminer par triangulation de façon assez précise le point GPS du foyer.

Bénévoles des Comités Communaux Feux de Forêts du Var en vigie
Il suffira alors d’activer les moyens du SDIS prépositionnés au sol les plus proches, dimensionnés en fonction du risque et de la météo, qui pourront ainsi se rendre à pied d’œuvre immédiatement et intervenir dans le meilleur délai sur le feu naissant.

Niveaux de risque opérationnel du SDIS 33
À titre d’exemple, le SDIS 33 dispose de 21 tours de guet, alors qu’il y en a 23 dans le Var et 27 dans les Bouches-du-Rhône.

Tours de guet (Gironde)

Tours de guet (Var) – Tour de Notre-Dame des Anges (Pignans)
Ceci dit, la topographie du Var est loin d’être plate et la visibilité à partir des tours et surtout l’inter-visibilité qui permet la triangulation (en rouge sur la carte ci-dessous) est loin de couvrir la totalité des zones boisées combustibles (en jaune sur la carte).

Intervisibilité des postes vigies du Var
Guet aérien et guet aérien « armé »
La surveillance aérienne peut être effectuée à l’aide d’aéronefs classiques équipés ou non de caméras thermiques ou d’avions bombardiers d’eau (on parlera alors de guet aérien « armé ») prêts à intervenir, sous contrôle des troupes au sol, sur des feux naissants dont ils ont pu détecter la fumée à grande distance et à déverser des produits retardant ou à combattre des feux établis.
Les anciens « Trackers », en service depuis plus de 40 ans et dont la durée de vie avait été prolongée au-delà de 2008, ont été définitivement mis à la retraite début 2020 et sont progressivement remplacés par des « Dash 8 » qui peuvent contenir 10 000 litres de retardant au lieu des 3 500 litres des Trackers.

Largage par un avion bombardier d’eau

Largage de retardant
En 2019, le SDIS 13 a disposé d’un petit avion de reconnaissance aérienne, un Cessna 208 Caravan, armé de caméras infrarouge à haute définition, pour survoler les massifs forestiers des Bouches-du-Rhône à environ 3 000 mètres d’altitude, et capable de localiser un départ de feu très précisément et de transmettre les images en temps réel au centre départemental d’incendie et de secours mais aussi directement sur le terrain au poste de commandement.

Photo aérienne géolocalisée transmise par le Cessna 208
En période de risque élevé, le SDIS 33 active des missions de surveillance aérienne avec trois circuits de survol des massifs.

Circuits de survol du guet armé en Gironde
« Handi-aéro-surveillance ».
Depuis 2002, le SDIS 46 (Lot) a recruté pour piloter un aéronef dédié à la reconnaissance aérienne des personnes handicapées sous un statut de sapeur-pompier volontaire expert.

Pilote « handi-surveillance »
Évolutions technologiques
Le SDIS du Var a commencé à déployer en 2016 un réseau de surveillance en implantant des caméras de « levée de doute et de confirmation de départs de feu » sur une demi-douzaine de tours de guet (Notre-Dame des Anges, Puy de la Sigue, Bessillon, Les Maurettes, Mont Vinaigre, Mont Jean et Mont Caume).
Note complémentaire (20 août 2026) : le fait d’avoir une surveillance permanente du haut d’une tour de vigie n’empêche pas un feu de se déclarer, ni qu’il devienne vite hors de contrôle si les conditions de son développement et de sa propagation sont défavorables (temps d’arrivée des secours, conditions météorologiques, relief, densité de biomasse sèche…). Le feu de l’été 2026, parti de Pontevès, qui a ravagé le massif du gros Bessillon avant de dévaster Correns et Montfort-sur-Argens, en est une preuve significative.
Ce dispositif [3] permet d’envoyer des images à intervalle régulier (ronde de 360° toutes les 2 minutes) au poste de commandement qui peut passer en mode vidéo en temps réel en cas de doute ou en cas d’alerte parvenue par un autre canal indiquant un lieu même approximatif que le système permettra d’affiner, notamment grâce à la triangulation si le point signalé est visible depuis deux ou trois de ces tours.

Caméras et triangulation avec Intelligence artificielle
Cette décision du SDIS 83 a fait suite à une expérience d’un des adhérents de Fransylva, gérant de deux domaines de plusieurs centaines d’hectares dans le centre Var, qui avait installé sur trois tours de guet privées un premier système à base de caméras vidéo, relié à logiciel expert analysant en temps réel la présence de « fumées blanches », capable de lancer une alerte après avoir constaté des différences de forme intervenues entre deux rotations de prise de vue et d’effectuer automatiquement une triangulation pour préciser le point GPS du pied de la fumée.
J’ai souvenir d’avoir alors signalé cette expérience au colonel commandant le SDIS 83 en lui indiquant que notre adhérent était à sa disposition pour lui faire la démonstration de son système et suggérait même qu’il soit « intégré » au réseau de surveillance que le SDIS pourrait installer s’il envisageait d’investir dans cette direction.
Pour des raisons de sécurité, il m’a été répondu que le réseau de communication du SDIS ne pouvait être ouvert à des installations privées [4].

Surveillance et survol de sinistre à l’aide de drones
La surveillance à l’aide de drones, beaucoup moins coûteux que les avions et dont l’autonomie croît rapidement, commence à voir le jour et offre des perspectives de plus en plus réelles, que ce soit avec des caméras thermiques ou simplement optiques dont les images peuvent être interprétées en temps réel de plus en plus avec l’aide de logiciels d’intelligence artificielle.
Non seulement ces équipements permettront de donner immédiatement l’alerte en fournissant aux services de secours avec une précision extrême le lieu d’un départ de feu, y compris la nuit, mais il est probable que dans un proche avenir, leur guidage assisté par logiciel évoluera pour pister [5] les suspects d’une mise à feu volontaire ou accidentelle, qu’ils soient à pied ou en véhicule, et aider à leur identification, là aussi en temps réel.
On peut même s’attendre, ou du moins espérer, à ce que simultanément, ces drones activent les forces de l’ordre afin de quadriller la zone et d’interpeller les pyromanes présumés.

Contrôle des véhicules en forêt
J’ai été récemment sollicité pour donner un avis sur un projet d’étudiants en aéronautique qui suggéraient d’utiliser des ballons dirigeables, plus ou moins stationnaires, équipés de caméras thermiques, survolant le territoire à une altitude appropriée dépendant de la surface du massif à surveiller.
J’ai trouvé l’idée très intéressante, notamment sur le plan économique et acoustique. Malheureusement, leur projet n’a pas été retenu par leur organisation.
J’ai également été sollicité pour donner mon avis sur l’emploi de détecteurs thermiques installés directement dans les forêts, mais la distance maximum pour détecter une élévation de température due à un départ d’incendie à une hauteur si proche du sol est telle qu’il faudrait de l’ordre de 20 à 30 détecteurs espacés d’une vingtaine de mètres pour couvrir une surface d’un seul hectare boisé.
[1] En dépit des contraintes budgétaires, cette période a de plus tendance à s’allonger, notamment en automne.
[2] Toutes les fumées ne sont pas synonymes de départ d’incendie de forêt. Il y a les barbecues, les brûlages de déchets verts interdits mais sous contrôle… et les nuages de poussière provoqués par des véhicules à moteur sur des chemins non goudronnés, mais ces fumées-là se déplacent et suivent le véhicule.
[3] Système Adélie commercialisé par la société Paratronic.
[4] Les choses ont du mal à évoluer. Si la gendarmerie et l’ONF partagent désormais le même réseau, en 2019, il y avait encore débat pour y intégrer les équipements des CCFF.
[5] Comme le font déjà les gendarmes en hélicoptère pour arrêter un chauffard sur une autoroute.