Le pin d’Alep : une essence de valeur enfin réhabilitée !

14 avril 2018 : une date historique

Le 14 avril 2018, l’AFNOR a, enfin, publié la norme que nous attendions depuis longtemps, qui permet à ceux de nos pins d’Alep que nous saurons conduire à maturité de trouver le débouché en bois d’œuvre auquel ses qualités mécaniques lui permettent de prétendre.

Pour en savoir plus téléchargez le communiqué de presse en cliquant ici

C’est l’aboutissement de trois années de recherche, d’essais en laboratoire et de mobilisation des acteurs, menées sous l’égide de France Forêt PACA (association regroupant les producteurs de bois de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur : Fransylva, Communes Forestières, ONF, CRPF et Coopérative Provence Forêt) qui  permet notamment d’envisager l’utilisation du pin d’Alep en construction en bénéficiant désormais de la garantie décennale.

Pour en savoir plus téléchargez le  dossier de presse en cliquant ici

La « divine surprise »

Le pin d’Alep, essence endémique de nos forêts méditerranéennes, était devenu le mal aimé de nos collines. Comme le gorille de Georges Brassens « au marché des ventes groupées, il a mauvaise réputation ». Il a beau être le combustible rêvé des feux de nos forêts, il parait qu’il encrasse les cheminées. il est difficile à scier, pas bon pour le bois d’œuvre et donc ni utilisable en menuiserie ni en charpente…

Pins AlepBref, il avait tous les défauts possibles et en plus, il ne valait rien ou pas grand chose.

Et pourtant, nous savions tous que nos ainés (et même nos ancêtres les plus lointains) utilisaient le pin d’Alep autrement que pour le triturer et en faire de la pâte à papier, le déchiqueter pour produire de l’électricité ou le laisser brûler tous les étés pour chauffer les nuages. Oui mais voilà, il n’avait pas subi, comme ses cousins (pins maritimes, pins sylvestre, pins laricio…) les tests officiels et la classification qui seuls permettent aux architectes ou aux charpentiers d’offrir la garantie décennale à leurs constructions.

Sa « réhabilitation » était depuis des dizaines d’années devenue l’Arlésienne des forestiers provençaux… jusqu’à ce que France Forêt Paca décide de pourvoir à cette injustice et surtout que l’un d’entre nous, Denis Revalor, qui présida pendant plusieurs années notre Union Régionale et dont il faut saluer la compétence et l’obstination prenne le taureau par les cornes, obtienne les financements nécessaires et conduise jusqu’à son premier terme (la publication de la norme par l’AFNOR), un projet

Pour arriver à nos fins nous avons « récolté » 90 m³ de beaux pins, bien droits, sans cœur gras, sans nœuds, d’au moins 30 à 50 cm de diamètre, répartis sur toute la zone de présence de cette essence. Après avoir trouvé le moyen de les transporter, nous les avons fait scier en 1.200 morceaux normés à différentes longueurs, largeurs et épaisseurs puis nous les avons confier à un laboratoire spécialisé, Céribois, qui leur a fait subir d’épouvantables tests contrôlés par ordinateur, flexions (pas extension) les menant, parfois avec difficulté, jusqu’à la rupture. Et là, « divine surprise », pas pour nous qui nous en doutions, nos pins d’Alep ont fait preuve de meilleures qualités mécaniques que leurs cousins.

Révolution dans le Landerneau des pins

Inutile de dire que ces caractéristiques ont été la cause de « conflits de famille » auxquels nous nous attendions un peu. 2017 a été une longue année de « luttes intestines » et d’âpres négociations qui ont conduit à un compromis que nous jugeons injuste mais acceptable.

Donc nos pins ont satisfait aux exigences de la norme mais…

Ce n’est qu’un début : le combat ne fait que commencer

Étape 0 : « MARQUE et TRIE »

Il ne s’agit pas d’imaginer que les ébénistes vont se précipiter sur nos pins pour faire des meubles Boulle avec de la marquèterie en écailles de tortue d’Hermann prélevées illégalement dans la Plaine des Maures, mais de constater que nous avons aujourd’hui dans nos forêts de pins d’Alep quelques beaux spécimens qu’il serait dommage de gâcher en les vouant à la trituration, au broyage et à la production d’énergie.

Sachons les sélectionner, bien les vendre, et faire en sorte que le bois poursuive sa vie, après avoir été scié, pendant de nombreuses années, en meubles ou en charpente.

Par la même occasion, sachons aussi sélectionner ceux de nos jeunes pins, arbres d’avenir bien droits, qui, dans 10, 20, 30 ans ou plus, feront, eux-aussi, des arbres dignes de rejoindre leurs ainés.

MartelageMarquons les pour que les bûcherons les évitent, ne les abattent pas, ne les blessent pas en débardant les plus moches, que les exploitants ne s’en emparent pas avant d’en avoir reconnu (et payé) la juste valeur, ce qui les amènera à trier et à trouver des débouchés.

Ou mieux, ne vendons pas uniquement nos coupes sur pied. Faisons comme nos cousins des régions de production forestière, ou comme nos collègues de l’ONF : exploitons nos parcelles sous notre contrôle, avec l’aide de gestionnaires professionnels si besoin (experts, coopératives, ASL…), et mettons en vente nos meilleurs pins « bord de route ».

Étape 1 : il nous faut retrouver le chemin de la sylviculture

Cette balle est dans notre camp : produire du pin d’Alep de qualité bois d’œuvre implique de mener en 80 ans environ des arbres d’au moins 35 à 45 centimètres de diamètre.

Nous devons cesser de regarder pousser nos pins et céder sans discernement aux sirènes d’exploitants trop contents de se limiter sans trier aux débouchés industriels du moment. Être sylviculteur, c’est se comporter en vrai forestier et respecter des itinéraires sylvicoles qui impliquent des travaux (dépressage, élagage, éclaircies…) qui seuls, permettent, bien sûr sur le long terme, de mieux valoriser notre patrimoine.

  • Dépressage : intervenir quand le peuplement a entre 2,5 et 3 mètres de hauteur pour le ramener à 1.500 tiges par hectare, ce qui fait une distance moyenne entre les tiges de 2,5 mètres.
  • Élagage : bien que les résineux aient tendance à s’auto-élaguer, l’élagage artificiel est conseillé dès que le diamètre à 1,30 mètres de hauteur du sol dépasse 10 à 12 cms. Seuls les 200 arbres objectif sont à élaguer jusqu’à 3 mètres de hauteur pour la première intervention.
  • Éclaircies fortes : conseillées avec rotation de 10 à 15 ans, en prélevant de l’ordre de 30 à 40 m³ par hectare (destinés à la trituration et/ou à la co-génération.

Itinéraire Pin Alep

Étape 2 : la sylviculture ne suffit pas, il faudra « dérouiller » l’aval de la filière

Il ne suffit pas que les propriétaires forestiers, devenus sylviculteurs, produisent des beaux pins dignes du bois d’œuvre.

  • Il faudra que les exploitants (acheteurs et négociants)
    • fassent le tri pour préserver les arbres d’avenir
    • payent les arbres aux justes prix (notez le pluriel)
    • trouvent des débouchés scieurs
  • Il faudra que les scieurs (première transformation)
    • décident (acceptent) d’en scier
    • soient rassurés sur la disponibilité d’une ressource de qualité
    • trouvent des débouchés (en volume et en prix) il faudra susciter la demande du marché
    • et investissent pour être présents et compétitifs
  • Il faudra surtout que le marché (deuxième transformation, menuisiers, charpentiers, prescripteurs, architectes et clients finals) en demande

Il faut donc que ça se sache ⇒ COMMUNICATION

Pour en savoir plus sur le Pin d’Alep

  • Le pin d AlepConnaître le pin d’Alep en France

Un récent ouvrage de base incontournable : Le pin d’Alep en France, 17 fiches pour connaître et gérer, sous la coordination de Bernard Prévosto, éditions Quae, 2013.

Découvrez le pin d’Alep, avant qu’il ne brûle ou ne soit abattu prématurément en suivant le parcours botanique proposé par Étienne Aspord en cliquant ici (vidéo sur youtube, extrait de la série « Botanique en Provence »)

  • Assemblée Générale 2011 de Fransylva 13 à Vauvenargues : le prix de mon arbre

Visualisez le reportage de France 3 régions du 30 juin 2011 sur la valorisation du pin d’Alep en cliquant ici (vidéo sur youtube)

Téléchargez le dossier Faut-il réhabiliter le pin d’Alep ? document présenté à Vauvenargues le 2 avril 2011, 6 pages)